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Belle merveille

Une belle merveille pour défier la misère

James Noël dit le chaos avec brio

Le Temps, Isabelle Rüff
13 octobre 2017

Sept ans, pendant sept ans, James Noël a retourné dans sa tête, son cœur, ses tripes ce qui était advenu de son pays, Haïti, depuis le 12 janvier 2010, quand un séisme a ravagé l’île, faisant des centaines de milliers de victimes. Le choléra est venu parachever l’œuvre meurtrière du tremblement de terre. Puis, en 2016, l’ouragan Matthew est venu balayer les tentatives de reconstruction. Comment faire de cette accumulation de malheurs une «belle merveille», la tisser dans un récit qui ne soit pas déploration, accusation, gémissements?

L’esprit papillon

James Noël est poète. De nombreux recueils en témoignent, dont le dernier paru est La Migration des murs (Galaade, 2016). Avec sa femme, l’artiste Pascale Monnin, il anime la belle revue IntranQu’îllités. Avec Belle Merveille, il s’aventure dans le roman. «Belle merveille», en Haïti, signale un événement extraordinaire, en bien ou en mal. Bernard, le narrateur, en a vu, de ces merveilles, surtout les catastrophiques. Il n’en peut plus, il se sent «désaccordé» au milieu du «grand bordel du siècle». Il en veut aux dieux du vaudou qui ont déclaré forfait, même Papa Loko, l’esprit papillon, qui aurait dû prévenir le malheur, pap pap pap papillon, pap comme Port-au-Prince sur les billets d’avion.

Casques bleus népalais

Il va s’en aller, Bernard, à la suite de sa belle Amore, l’Italienne qui œuvre depuis longtemps en Haïti. Il la suit jusqu’à Rome, laissant derrière lui le chaos, le déferlement des ONG, les avions par milliers amenant «tout un flot de charognards, plus redoutables que les vautours, les aigles, les laiderons et les chouettes» et toute une volière d’oiseaux «venus en bons sauveurs, avec la mine triste, les larmes faciles» tirer profit de la misère, la revendiquer pour leur compte. Mais il revient pour raconter l’indicible. James Noël morcelle le vécu, donne la parole à ceux qui ont vécu le séisme et ses suites. Il se fait sarcastique face aux bonnes paroles venues d’ailleurs. Il dénonce l’incurie, le choléra amené par ceux-là même qui étaient envoyés pour aider, les Casques bleus népalais.

Histoire d’amour porteuse d’espoir

Le récit avance par saccades, par répliques – petites scènes haletantes, poèmes en prose, cris de colère, dérision, lyrisme. Au centre de ce tourbillon fleurit une histoire d’amour, joyeusement sensuelle, porteuse d’espoir, qui émane assez d’énergie pour secouer le marasme, évincer les charognards, reprendre son destin en main. C’est ce que dit ce roman juvénile, poétique, jaillissant de belles merveilles, parfois obscur à force de lyrisme et de ruptures, toujours généreux.

James Noël, «Belle Merveille», Éditions Zulma, 150 p.

 

https://www.letemps.ch/culture/2017/10/13/une-belle-merveille-defier-misere?utm_source=twitter&utm_medium=share&utm_campaign=article

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100’000 caféiers par an, pendant 3 ans

Le point sur l’initiative “100’000 arbres par an pendant 3 ans”:

Il y a un an l’ouragan Matthew dévastait le sud d’Haïti.
Stéphanie Duval qui y travaillait à l’époque avec l’organisation paysanne UCARB (Union des Coopératives Agricoles de le Région de Beaumont) est témoin de l’impact de cette catastrophe sur la vie des paysans. Horrifiée par l’ampleur du désastre et l’isolement des paysans, elle prend l’initiative de lancer une campagne de sociofinancement pour appuyer les producteurs de café de cette coopérative à se relever, déblayer les décombres, reconstruire leurs maisons et redémarrer la production.
nOula, Café Cambio, Singing Rooster, Kok Ki Chante et l’INCAH répondent à cet appel en lançant avec UCARB le programme  “100’000 arbres par an pendant 3 ans“.

Bilan à mi-parcourt de la première année:

  • 10 pépinières ont été démarrées et sont en production
  • 65% de l’objectif de production est atteint après 5 mois: 65’000 plantules sont réussis
  • 40% du budget seulement a été dépensé à la fin août (U$ 5’980 sur U$ 15’000) alors que 65% de l’objectif est déjà atteint
  • tout porte donc à croire que le budget de U$ 15’000 établi pour la première année sera respecté

Cette réponse à l’ouragan illustre deux choses importantes:

  • notre contribution individuelle, si minime soit elle, est décuplée par l’effet de levier appliqué par une chaine de solidarité d’entrepreneurs sociaux animés d’une même vision
  • Le fait de consommer du café haïtien régulièrement reste la façon la plus directe et la plus durable d’appuyer les producteurs à rebâtir leur économie.

Au nom des productrices et producteurs de Beaumont, un grand merci à toutes celles et ceux qui participent (et participeront) à ce mouvement.

Pour en savoir plus sur cette initiative:
Décembre 2016: Mobilisation
Avril 2017: Objectifs du programme
Août 2017: Progress report
Qui fait quoi?