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Crise politique en Haïti

Ricardo Seitenfus – Crise politique en Haïti
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Article de Patrick Saint-Pré

Pour un dialogue inter-haïtien afin d’éviter le spectre d’une nouvelle intervention militaire
Sur invitation de la Maison de l’Amérique latine à Paris, le professeur de relations internationales Ricardo Seitenfus, également ancien envoyé spécial du Brésil en Haïti et ex-chef de bureau de l’OEA à Port-au-Prince, a prononcé une conférence, le 25 octobre 2019, autour du thème « Aux sources des crises politiques haïtiennes ». Durant cette conférence, l’intéressé a livré au public sa vision de la conjoncture en Haïti, l’origine des crises ayant secoué le pays ces 30 dernières années et quelle possible issue entrevoit-il à cette crise politique qui risque d’emporter dans son sillage le reste du mandat de Jovenel Moïse et bien plus.

Le Nouvelliste, 5 novembre 2019

Pour Ricardo Seitenfus, introduit par l’ambassadeur Alain Rouquié, président de la Maison de l’Amérique Latine, la racine de la crise actuelle remonte à huit ans plus tôt, précisément en 2011, quand l’international – les Etats-Unis en tête – a forcé la main au Conseil électoral provisoire (CEP) et surtout au feu président René Préval pour écarter son poulain Jude Célestin, pourtant arrivé deuxième au premier tour, au profit de Michel Martelly.
« Je pense que d’une certaine façon Jovenel Moïse va résister à cette crise parce qu’il est en train de chauffer la place pour les prochaines élections pour le retour de Martelly », suppute le diplomate brésilien, fin connaisseur d’Haïti et du jeu des puissances dans le pays. Le professeur de Relations internationales voit une très forte ressemblance entre la situation très tendue actuelle dans le pays et celle de 2004.
« Même si la figure de Jovenel Moïse n’est pas la figure d’Aristide », s’empresse-t-il de nuancer avant de mettre en garde les acteurs politiques contre toute tentation « de revenir en arrière » en attirant encore les forces d’intervention étrangères sur le sol d’Haïti.
Selon lui, la possibilité d’une onzième mission des Nations unies en Haïti est bien réelle si les protagonistes échouent à trouver une solution endogène à la crise. « C’est la pire des choses qui puisse arriver », prévient Seitenfus, genre Cassandre des temps modernes, qui en plus nous conseille ne plus compter sur l’Amérique latine qui ne va pas déployer ses troupes en Haïti comme elle l’a fait en 2004. « Ce seront les Français, les Canadiens et les Américains qui devront résoudre cette crise » pronostique le professeur Seitenfus qui, après mûre réflexion, arrive à la conclusion que le modèle des crises haïtiennes est consubstantiel du modèle de l’exercice du pouvoir en Haïti.

Et si la démocratie en elle-même était la source de l’instabilité chronique qui ronge la vie politique haïtienne ?

Au départ de Baby Doc en 1986, Haïti mène une expérience de transition de la dictature à la démocratie avec, à chaque fois des jalons comme la constitution de 1987, l’élection d’Aristide en 1990, le coup d’Etat de Cedras, le retour d’exil d’Aristide, les élections de 2000, la crise de 2004…
A chaque fois, au travers de chacune ces évolutions, Ricardo Seitenfus diagnostique un comportement modèle de la crise haïtienne qui l’amène à considérer la situation d’instabilité comme étant un modus operandi en Haïti.

« La crise est partie prenante de la façon de faire de la politique en Haïti »

souligne Seitenfus regrettant que la partie de la politique, utilisée dans la démocratie pour amoindrir les différences, chercher les compromis, faire des médiations, prendre en considération les intérêts d’autrui, soit laissée de côté par les politiciens haïtiens.
En outre, le professeur brésilien dénote une seule et même caractéristique dans toutes les crises haïtiennes, à savoir la sempiternelle revendication : il faut que le président s’en aille. A croire qu’il personnifie la crise.
« Le modèle de la politique haïtienne qui débouche toujours sur une nouvelle crise est alimenté uniquement par des solutions de force et d’exclusion de l’autre […] Quand on a ce type de pratique politique qui devient même un modèle, il est très difficile justement de trouver un consensus, des médiations ou des compromis qui sont le propre du système démocratique », note Ricardo Seitenfus qui place la constitution de 1987 au cœur de son analyse sur les crises politiques en Haïti.

La constitution de 87 ou le foyer de la crise et de l’instabilité politique

Un des héritages de la constitution de 1987, selon Seitenfus, consiste en une lutte permanente avec en toile de fond des élections toutes les années. Résultat des courses : Haïti, un pays qui n’a pas de tradition électorale, se retrouve pieds et mains liés avec les élections comme étant l’exercice par excellence de la démocratie. « Tout en Haïti tourne autour des élections », fait remarquer l’auteur du best seller « L’échec de l’aide internationale à Haïti – dilemmes et égarements » et de l’ouvrage polémique « Les Nations Unies et le choléra en Haïti ».
Or, Haïti n’a pas les moyens de financer toutes ces élections. Un quart du budget électoral est donc couvert par le trésor public et les autres trois-quarts par l’international. « Quand trois quart du budget électoral d’un pays est couvert par l’international, il va observer, orienter, manipuler, il va même jusqu’à changer les résultats. Ce qu’il a fait en 2011 », affirme, imperturbable, Seintefus qui, en tant qu’ex-chef de bureau de l’OEA à Port-au-Prince, connait bien son rayon.
Par ailleurs, avec 165 partis politiques et 58 candidats aux dernières élections présidentielles, Haïti ne dispose d’aucune condition pour reproduire l’exercice électoral de façon acceptable mais en fait quand même le centre de toutes les activités politiques dans le pays avec les conséquences que l’on connait.
Forte contestation unanime des perdants immédiatement après la proclamation des résultats et très faible participation aux élections tant en 2011 qu’en 2016, soit 23% contre 62% en 2006.

« Il y a un désenchantement de l’électorat puisque cette démocratie promise d’abord n’arrive pas et lorsqu’elle arrive, elle amène plus d’instabilité »

soutient Seitenfus qui voit en ces scrutins un combustible pour alimenter la crise en Haïti.
L’autre pierre d’achoppement de ladite constitution, toujours selon Seitenfus, c’est qu’elle « ne tranche pas si elle veut un régime présidentialiste ou parlementaire. Le gouvernement est proposé par le président mais il est disposé par le parlement. Quand on n’a pas une culture pour permettre la cohabitation, cela devient impossible ».
La solution ne peut venir que des Haïtiens

« Dans cette crise, comme dans toutes les autres, ce n’est pas l’international qui va apporter la solution »

avertit Ricardo Seitenfus qui toutefois préconise d’abord un accord avec l’international pour une solution de sortie de crise.
« Nous devons faire une négociation sérieuse autour de l’exercice du pouvoir [car] la responsabilité du pays Haïti appartient aux haïtiens », prône Seitenfus qui dit espérer que la solution à cette crise sera amenée par la négociation, la médiation et le dialogue.

Patrick Saint-Pré
Journaliste | Le Nouvelliste
sppatrick@lenouvelliste.com

https://lenouvelliste.com/article/208665/crise-politique-ricardo-seitenfus-pour-un-dialogue-inter-haitien-afin-deviter-le-spectre-dune-nouvelle-intervention-militaire

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Fedner Exantus: relance de la production du café d’Haïti

ECO AGRICULTURE ET CAFÉ HAÏTIEN
Des initiatives remarquables en réponse à l’urgence climatique
Loin du bruit et de la fureur propagées par les média, les paysans haïtiens oeuvrent avec ténacité à reconstruire leur économie tout en apportant des solutions concrètes à l’urgence climatique.
Ces initiatives portent fruit mais passent trop souvent inaperçues: il est bon de s’en informer et d’en être inspirés.
C’est pourquoi nOula vous invite à:
Visionner le dernier mini documentaire du cinéaste André Vanasse sur les initiatives des agriculteurs chauffeurs de taxi-moto de Jacmel.
Rencontrer Fedner Exantus, un inspirant jeune entrepreneur et militant du café d’Haïti qui est de passage à Montréal pour partager avec nous les bonnes nouvelles de la relance de la production caféière.
Déguster et acheter du café et du chocolat d’Haïti tout en grignotant les délicieux petits pâtés du Boukan du Centre N A Rive.
nOula sera honoré de vous compter au nombre des participants de cet évènement Café Haïti qui vous permettra d’échanger avec un jeune leader haïtien engagé, d’une énergie contagieuse, à l’image de toute une génération de femmes et d’hommes qui ont relevé le défi de réinscrire le café haïtien parmi les meilleurs crus d’ors noirs de la planète.
18h Accueil du public
18h15 Projection de mini-documentaires sur l’agro-écologie et la culture du café en Haïti en présence du réalisateur André Vanasse
19 h à 20 h Présentation de Fedner Exantus et échanges avec le public
Dégustation et vente de café et chocolat 100% natif natal Ayisien, importés par nOula
ENTRÉE LIBRE / Contribution volontaire au « Fonds Réciprocité »
pour permettre à nos partenaires producteurs de venir nous rencontrer plus souvent
Pa gen peyi san peyizan!
Centre N A Rive 6971, rue Saint-Denis, Montréal, Qc, H2S 2S5, Métro Jean Talon, (centrenarive.com)
Renseignements: Joël: 438-933-0531 Jean-Christophe: 514-812-5278 info@noulacoop.com
  • 30-
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Journée du livre haïtien: rassembler deux imaginaires

L’auteur Rodney Saint-Éloi lancera, dans le cadre de la journée du livre haïtien, son recueil «Nous ne trahirons pas le poème», le samedi 17 août 2019

La journée du livre haïtien, présentée ce samedi au Centre N A Rive, à Montréal, souhaite démontrer toute l’étendue des liens qui unissent aujourd’hui les cultures haïtienne et québécoise
«La littérature haïtienne, ça a toujours constitué le pont, le ciment, qui relie le Québec et Haïti. On ne fait que poursuivre ce qui a commencé il y a une cinquantaine d’années», a indiqué Ninette Piou, directrice au centre N A Rive, l’organisme qui coordonne la Journée du livre haïtien depuis sa première édition en 2008.
«Ce sont deux grands peuples littéraires d’Amérique francophone, le Québec et Haïti. Donc, il y a une véritable passerelle entre ces deux imaginaires-là», a renchéri l’auteur haïtien Rodney Saint-Éloi.

La journée de samedi sera ainsi consacrée aux auteurs d’origine haïtienne ou de sensibilité haïtienne. Ils seront plus de 20 présents sur place, qui pourront témoigner des relations privilégiées qu’entretiennent Haïti et le Québec depuis le milieu du XXe siècle.

La jeunesse sera notamment mise de l’avant lors de cette douzième journée du livre haïtien. La soirée «Bouquet final», qui clôturera l’événement, laissera la place au collectif «Black is the warmest color», ainsi qu’à plusieurs jeunes auteurs.
«Cette année, d’une certaine manière, on passe le relais d’une génération à une autre», a soutenu Ninette Piou.
Décoloniser
Samedi se tiendra aussi le pré-lancement du recueil «Nous ne trahirons pas le poème», de Rodney Saint-Éloi, pour qui cette journée représente un très beau rendez-vous pour la culture haïtienne.
«Ça montre que la littérature, c’est un lieu où Haïti déploie beaucoup son imaginaire, a-t-il expliqué. Je pense que c’est une véritable bibliothèque haïtienne.»
Le colonialisme et les façons dont on peut se libérer de son emprise sont les thèmes centraux de son nouveau recueil.
«Je travaille beaucoup sur la décolonialité, sur comment on se libère de tout ce qui nous a opprimés. On est dans des univers qui ont été construits par un imaginaire colonial, c’est-à-dire sur l’exploitation, a expliqué l’auteur. Ç’a créé des rapports très difficiles, tous les repères sont coloniaux. Donc, il nous faut renverser les repères.»
La 12e journée du livre haïtien aura lieu ce samedi, à partir de 11 h, Centre N A Rive, situé au 6971, rue Saint-Denis.

Gabriel Beauchemin

– Agence QMI

| Publié le 14 août 2019

https://www.tvanouvelles.ca/2019/08/14/journee-du-livre-haitien-pour-rassembler-deux-imaginaires-1

 

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Café Cambio coop de travail

Notre coop soeur (et torréfacteur) s’installe dans ses nouveaux locaux.

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Génération fin du monde

La « génération fin du monde » mène la contestation qui bouleverse Haïti


Gilbert Mirambeau Jr., 35 ans réalisateur, auteur du tweet ayant déclenché les manifestations contre le scandale PetroCaribe

Le Monde, 28 mars 2019
Texte: Florence Aubenas, envoyée spéciale
Photos: Georges-Henri Rouzier

A peine adultes après le tremblement de terre de 2010 qui a fait 230 000 morts, ces trentenaires organisent une mobilisation qui dure depuis huit mois.
Porter les morts comme des sacs de riz et les empiler par tas. Ne plus retrouver le chemin de chez soi dans la ville anéantie par le séisme. Dormir dehors au milieu d’enfants devenus fous. Et se sentir submergé par un sentiment, qu’on n’ose d’abord pas nommer : l’enthousiasme. Ralph Thomassaint avait 23 ans au moment du tremblement de terre à Port-au-Prince, le 12 janvier 2010. « La résilience haïtienne », s’émerveillent les responsables d’ONG. L’expression l’exaspère. C’était autre chose, un espoir absolu à la mesure de l’horreur. Le monde entier les regardait, psalmodiant : c’est la fin du monde. Et pourquoi pas ? Tout recommencerait de zéro. « Même si tu ne voulais pas y croire, c’était plus fort que toi : on était triste, mais on voulait exister. On allait redémarrer le pays », se souvient M. Thomassaint. Ils étaient nombreux à se le dire, entre jeunes gens.
Rien n’a changé à Port-au-Prince, presque une décennie plus tard. La « génération fin du monde » est trentenaire. Sans que personne l’ait vu venir – pas même elle –, la voilà à la tête d’une contestation qui bouleverse Haïti. Ici, en deux siècles d’indépendance, c’est la politique en mode tragique, révolution, insurrection, putsch, émeutes. Cette fois, le mouvement est d’un genre inédit. Il fait rire. Ou plutôt, il faisait rire : des enfants de la classe moyenne (si le mot a un sens à Port-au-Prince) qui se maquillent pour aller aux sit-in et prennent des selfies sur les barricades pour débattre économie dans un pays à genoux.
Aujourd’hui, après huit mois de mobilisation, une centaine de morts, cinq manifestations et le blocage total du pays pendant une semaine, les visages moqueurs se sont figés. Alors que d’autres actions s’annoncent, un nouveau premier ministre par intérim vient d’être nommé le 21 mars, Jean Michel Lapin. Un moyen de repousser la question que pose la « génération fin du monde » : le mouvement conduira-t-il à refonder en profondeur la démocratie haïtienne ? Ou, au contraire, à déclencher un nouveau cycle de répression féroce ?

Les milliards détournés du scandale PetroCaribe

Sur des sièges en rotin, des jeunes gens par grappes martyrisent gaiement leur smartphone. Un ventilateur et Aznavour qui chante Venise se relaient pour brasser la chaleur entre des murs aux couleurs tranchées. On pourrait être dans n’importe quel café cool de la planète, jusqu’au garçon accoudé au bar devant un plat spécial végétarien. Gilbert Mirambeau Jr., 35 ans, cinéaste, jolie petite gueule et délicat piercing. On l’interrompt parfois : « Un autographe, s’il te plaît. » Ça ne lui fait pas plaisir. Si au moins c’était pour son film, Kafou (« Carrefour », 2017) plusieurs fois primé, mais jamais projeté à Port-au-Prince : plus de vraie salle de cinéma. En fait, M. Mirambeau est une célébrité depuis que son tweet, posté le 14 août 2018, a déclenché le mouvement. L’histoire est si parfaite qu’elle paraît une fake news inventée par un géant du numérique.

A l’époque, Gilbert Mirambeau est à Montréal chez sa sœur. Dans la douillette nuit canadienne, c’est Port-au-Prince qui s’entête à l’empêcher de dormir, la ville dans son dénuement telle qu’elle commence derrière les portes du café cool avec ses baraques en carton cramponnées à flanc de colline et ses ordures suintantes, puantes, fumantes, hautes comme des remparts. Pas de traitement des déchets. Près des deux tiers des habitants vivent sans services publics, ni eau ni électricité. Et pendant ce temps, la classe politique n’en finit pas de s’enrichir, tout en se chamaillant pour le « partage du butin », citation authentique lâchée en plein Sénat.
Au petit matin, M. Mirambeau tweete une photo, prise sur le canapé de sa sœur. Les yeux bandés, il brandit quelques mots en créole écrits sur un papier : « Kot Kob Petwo Karibe a ??? » (Où est l’argent de PetroCaribe ?).
PetroCaribe, c’est un programme lancé par le Venezuela pour dix-huit pays de la région, dont Haïti, à partir de 2006. A des conditions miraculeuses, Caracas les fournissait en produits pétroliers pendant dix ans : la moitié payable tout de suite, le reste versé sur un fonds à vocation économique et sociale, remboursable sur vingt-cinq ans, à 1 % d’intérêt. A Haïti, PetroCaribe se transforme en une machine à cash, hors de tout contrôle. Chiffres estimés : entre 2 et 4 milliards de dollars américains (entre 1,75 et 3,5 milliards d’euros) détournés, une vingtaine d’hommes politiques mis en cause, dont des ministres et trois chefs d’Etat haïtiens successifs.
K-Libr, fameux rappeur haïtien, relaie le tweet de Mirambeau en se photographiant avec le même message. Une actrice prend le relais. En quelques jours, le hashtag #PetroCaribeChallenge affiche des millions de vues. Aujourd’hui encore, Mirambeau peine à se reconnaître dans ce double héroïque et virtuel, qui a joué les détonateurs depuis le canapé de sa sœur. « J’ai agi sans calcul, c’était mon subconscient. »

Des étudiants contestataires exclus de l’université

Andy Antoine aussi a sauté sur le tweet PetroCaribe. Il ne connaît pas Mirambeau, mais connaît bien, en revanche, le militantisme. Fils d’un délégué agricole, Antoine s’est fait virer pour contestation de l’université d’Etat en sciences sociales. Comment décrire la fac ? En son milieu chancelle un bâtiment foudroyé, laissant entrevoir ses entrailles évidées comme si le séisme venait juste d’avoir lieu. Partout dans Port-au-Prince, mégapole gueule cassée, subsistent ces moignons d’immeubles, ces rues mutilées, ces carcasses jamais reconstruites neuf ans plus tard, y compris le Palais national, siège de la Présidence.


Andy Antoine, étudiant de 29 ans, le 25 février

A l’université, les cours se donnent désormais dans quelques containers en ferraille, entre décombres et graffitis. Quatre étudiants dorment, assommés de chaleur, devant un tableau noir où un cours annonce : « Les expériences politiques grecques ». Sous une bâche de l’ONG USAid, une dame sort des Coca d’un frigo rouillé, son enfant sur le bras. C’est le restaurant universitaire. Pas de sanitaire utilisable. Un campus hors de la ville avait été financé, grâce à des crédits d’entraide. Toujours rien. Corruption : on bute sur le même mot, à chaque pas. Devant les étrangers, les étudiants éludent les questions. « Ne pas ternir l’image du pays », avance l’un. La honte, la fierté, la colère se succèdent dans son regard. Un autre s’approche. « Ici, plus tu mets d’argent, moins ça bouge. »
« Ici, plus tu mets d’argent, moins ça bouge », se lamente un étudiant
Andy Antoine dénonçait les conditions d’études, y compris académiques. La nomination de certains professeurs, par exemple : piston ou diplôme ? Il fait partie des quinze étudiants expulsés de la fac, dont un grièvement blessé. Pourquoi ne pas transformer le tweet de Mirambeau en manifestation ? « La situation restait un peu vague, l’opinion n’était pas saisie, mais on a voulu tenter une exploration », se souvient-il. Un sit-in non violent est organisé le 24 août 2018 devant la Cour des comptes. Revendications : une enquête sur PetroCaribe et un procès.


Etudiants dans la cour de la faculté des sciences humaines de l’Etat haïtien à Port-au-Prince

Ce jour-là, les quelques milliers de manifestants n’appartiennent ni aux quartiers populaires, d’où déferlent régulièrement des émeutiers ni au monde militant. Ils seraient plutôt à l’opposé, le portrait-robot de ceux qu’on ne voit jamais dans la rue : des jeunes, des femmes, « tous avec des situations professionnelles sérieuses », insiste l’un. Ils ont voyagé au Canada, à Miami, en France. Ici, le pays entier pousse à l’exil. Les écoles privées distribuent aux élèves les prospectus des universités étrangères. Les familles se saignent. « Sur 50 dans la classe, nous ne sommes plus que douze aujourd’hui à habiter ici », relève un informaticien. Eux aussi sont partis. Mais, à la différence des autres, ils sont revenus.

Un mouvement aux couleurs de l’époque

Emmanuella Douyon, par exemple, 29 ans et une vie ciselée comme un CV : licence d’économie à Taïwan, double master à la Sorbonne, trilingue chinois, anglais, français. Son choix de retourner à Port-au-Prince travailler dans une structure internationale a provoqué l’étonnement, voire la consternation. « Tout ça pour ça », a lâché une amie. Emmanuella Douyon le revendique : « Ailleurs, je serais un numéro. Ici, ma vie a du sens. » Parler de retour aux racines serait exagéré. N’empêche que beaucoup revendiquent ce que les milieux éduqués avaient tendance à refouler : s’exprimer publiquement en créole ou pratiquer le vaudou.
L’atterrissage retour n’a pas été si simple. Avec leurs diplômes, ils ont aussi ramené d’autres standards de vie. Ils veulent la réussite, les vacances, un appartement avec la box Wi-Fi, l’eau et l’électricité, des choses hors de prix à Port-au-Prince, où tout passe par des réseaux privés. « A capacités égales », Emmanuella Doyon s’est rendu compte qu’elle vivait pour moins cher à Paris. Acheter une voiture neuve reste inabordable ou même faire les courses sur les hauteurs de Port-au-Prince dans les supermarchés des vrais riches et leurs rayons de produits importés. Ils se savent jeunes, privilégiés, mais fragiles. « Impossible de faire des projections. Un accident, une maladie, la vie s’écroule et on reste sur le cul. »
Ce premier sit-in a laissé l’impression d’un rendez-vous géant – et pour la première fois réel – entre amis sur Facebook. Spontanément, le mouvement a pris les couleurs de l’époque : pas de leader, refus des partis traditionnels, mobilisation via les réseaux sociaux. « On voyait la jeunesse bouger partout dans le monde : c’était notre tour, on s’affichait enfin. Pour certains, ça ressemblait presque à une mode », se souvient un jeune homme, tee-shirt « Rolling Stones à Cuba » ramené de New York. Il en est sûr, maintenant : il veut manifester chez lui, plutôt que « défiler en France pour le droit des migrants ». Et lui, qu’est-ce qui lui manque, ici à Haïti ? Il réfléchit, sérieux soudain. « Un avenir. »

Les gangs contrôlent l’espace public

Assis sous un auvent, à l’entrée de l’hôpital, des hommes en groupe guettent le visiteur comme des pêcheurs le poisson. Aussitôt, ils le harponnent, l’escortent pour remplir son dossier ou le guider à travers les bâtiments. Chaque nuit, ils font le tour des malades dans l’obscurité gémissante des dortoirs. Sans souci de médecine, ils décident qui restera. Tout ça ne se discute pas. Ça se paie. Au matin, les médecins découvrent les lits vides de ceux contraints de rentrer chez eux.
Dans Haïti, Etat-fantôme, les gangs ont pris le contrôle de l’espace public, les marchés, les cimetières, les voies de transport, rançonnant jusqu’à l’enfant qui vend deux piles sur le trottoir. Aucun programme de désarmement n’a jamais fonctionné : l’alliance avec les gangs est un passage obligé de toute campagne électorale.


Le docteur Stéphane Michel,  gynécologue, dans sa clinique à Port-au-Prince, le 26 février. Sa femme a été kidnappée dans les années 2000.

Le système est à bout, le pays se tait. « L’habitude de l’injustice et de l’impuissance », dit Stéphane Michel, 41 ans, gynécologue. Ton posé, presque doux, pour raconter le kidnapping de sa femme dans les années 2000. Il s’était battu pour qu’un procès se tienne, malgré les conseils d’amis magistrats. Haïti venait de surpasser la Colombie au box-office des enlèvements, jusqu’à trente par jour. La voix du médecin tremble un peu pour répéter les mots du magistrat aux accusés, quand il les a acquittés : « On vous laisse partir pour cette fois, mais ne recommencez plus. » Ils étaient ressortis libres, un gros gang des Caraïbes.
En ville, la clinique privée du docteur Michel est facile à trouver : près de l’hôtel Marriott, mastodonte étoilé inauguré par Bill Clinton en 2015. Les 45 millions de dollars d’investissements avaient été salués comme « le retour de la confiance dans la viabilité économique du pays ». En ce moment, sept étages sont fermés, faute de clients. Le docteur Stéphane voulait apporter un souffle nouveau à la médecine haïtienne : le taux de mortalité maternelle y est un des plus hauts du monde et le budget du ministère de la santé moins bien doté que celui de la présidence.
En voyant surgir les « PetroCaribe Challengers » (le surnom des protestataires, désormais), le gynécologue s’est d’abord méfié. Il a si souvent été trompé en politique qu’il s’est déconnecté. Faire son travail. Rentrer chez soi. Fermer la porte.

Un million de manifestants le 17 octobre

A vrai dire, plusieurs rapports officiels avaient déjà révélé des détournements dès 2008 : chantiers payés mais jamais réalisés ou bien déjà effectués ; le treizième mois des fonctionnaires budgété, mais pas versé. Soyons honnête : peu de gens, y compris chez les Challengers, avaient pris le temps de les lire. « Curieusement, la crédibilité de ces audits n’était pas en cause. Tout était vrai, nous le savions, explique Camille Chalmers, professeur d’économie. Le problème était : qui dénonce et pourquoi ? » En général, il s’agit de politiques – parfois mouillés eux-mêmes – cherchant à régler leurs comptes ou à intégrer le système. Mais c’est surtout la menace d’une nouvelle crise sanglante qui était brandie pour éviter de s’attaquer à la corruption : la gouvernance avait peut-être les mains sales, mais au moins était-elle stable. « Aujourd’hui, préserver ce statu quo paraît, au contraire, la première cause d’instabilité », continue Camille Chalmers.
Quelques Challengers commencent à mettre le nez dans les dossiers. Un choc. Le sentiment d’impunité paraît tel que les fraudeurs masquent à peine leurs manœuvres. Le mécanisme se répète, toujours pareil : l’argent est décaissé, mais n’arrive pas à destination. Il disparaît. Une mobilisation est lancée : envoyez les photos des grands travaux jamais finalisés dans vos provinces. D’un coup, apparaît un pays en trompe-l’œil, avec des terrains vagues baptisés zones industrielles, des stades de football réduits à une pelouse ou des marchés couverts en éternel chantier.


Vue depuis le viaduc de Delmas. Ce lieu, où l’actuel président Jovenel Moïse avait debuté sa campagne électorale, est devenu le principal point de ralliement des manifestations.

Nouvelle manifestation, le 18 septembre. Puis le 17 octobre : « une marée humaine », s’émeut le Miami Herald, plus d’un million de personnes dans le pays, sur presque 11 millions d’habitants. Contrairement aux pronostics, les quartiers populaires ont rejoint le mouvement. Le ton s’est durci, aussi. « Je n’étais pas militant, je le suis devenu sur le tas », dit aujourd’hui le cinéaste Gilbert Mirambeau Jr., auteur du tweet du 14 août. Pour la première fois de sa vie, le gynécologue Stéphane Michel est allé à une manifestation. Certaines patientes se sont effrayées : « Vous allez faire de la politique, docteur ? »

Une balle en pleine tête

Installés dans l’ombre mince d’un muret, deux mécaniciens attendent du travail. Comme hier et demain, ils n’en trouveront pas. Riz à midi et riz le soir, peut-être du poulet dimanche. En attendant, ils « brassent la rue », se laissant emporter par l’énergie du bitume, « mon carburant à moi », dit l’un. Passe une dame qui vend des sachets d’eau potable, une autre du charbon de bois dans une bassine sur sa tête, puis deux poules, une chèvre, des écolières en uniforme chantant un cantique, une camionnette avec une batterie où recharger les téléphones portables. Cassius, tout juste expulsé des Etats-Unis, n’a pas les quelques pièces pour brancher le sien. Il ira le faire à l’église, après sa partie de cartes. Devant l’autel, une silhouette en pâmoison remercie Dieu pour son visa. La femme de Cassius est restée à New York. « Dommage, c’est la seule que j’avais », dit-il, comme étonné lui-même. On est à Bel Air, jadis quartier chic des bords de mer, qu’il convient aujourd’hui de ne pas fréquenter la nuit.


Augustin Allenby, 35 ans, opérateur artistique dans le quartier de Bel Air, le 10 mars.

Sur la chaussée, des blocs de béton et des traces de feux rappellent les dernières manifestations. « Au début, les gens ne s’autorisaient pas à demander des comptes : aujourd’hui, même les enfants savent ce que signifie PetroCaribe », explique Augustin Allenby, 35 ans, opérateur artistique. Dans le quartier, il a ouvert un lieu d’exposition pour les artistes de la rue.
La plupart des programmes sociaux liés à PetroCaribe transitaient par un organisme spécial, le Fonds d’assistance économique et sociale. Deux de ses directeurs ont été retrouvés dans une chambre d’hôtel à Miami, en 2017 et 2018, une balle en pleine tête. Ils devaient être entendus par une commission d’enquête sur PetroCaribe. La thèse du suicide a été avancée.
Avec un groupe de graphistes, Augustin Allenby a créé les pochoirs autour du thème : « Où est l’argent de PetroCaribe ? » Un soir où ils en constellaient la ville, une voiture de police a ralenti à leur hauteur. « Normalement, on devrait vous arrêter », a lancé un gradé. Silence. « Mais on passera de temps en temps cette nuit pour vous protéger. Ce que vous faites est très risqué. » Pas besoin d’en dire plus. « Des gens pourraient nous éliminer, traduit M. Allenby. Pour l’instant, on voit qu’ils font attention de ne pas nous assassiner : un martyr donnerait de l’importance au mouvement. Mais jusqu’à quand ? »

Récupération et stratégie de la terreur

La peur a d’abord saisi les parents. La génération précédente a connu la dictature, la prison, l’exil politique, la torture. Ils répètent : « Nous savons ce que c’est, dans notre chair. Pas vous. » Aujourd’hui, Haïti n’est pas un régime policier, mais dangereux sûrement. « Nous les jeunes, on ne s’est pas dit : “tiens, on va faire de la politique”, dit Gaëlle Bien-Aimé, 31 ans. Dans la mentalité d’ici, tu ne te mêles surtout pas de ça. C’est sale, c’est terrifiant, voire les deux. En revanche, tu es bien content si tu as un cousin dedans. Ça peut servir. » La dernière présidentielle, en 2015, en raconte à la fois l’hystérie et le dégoût : il y avait 70 candidats et 20 % de votants, plus de postulants que d’électeurs, blaguait-on sur l’île. Jovenel Moïse, un libéral, a remporté le scrutin.
Gaëlle Bien-Aiméest actrice. Elle aime faire rire. Elle affiche des dreadlocks. Elle ne veut ni mariage ni enfant. Bref, tout en elle affole les conventions locales. Ses spectacles la racontent, son blog et aussi sur le site AyiboPost, une référence. Impossible pour elle de s’imaginer ailleurs que chez les Challengers. « Chez moi, on ne dit rien, pour ne pas m’effrayer », explique-t-elle. Dans d’autres familles, on ne leur adresse plus la parole.
Après les premiers succès des manifestations, les politiques – opposition comme majorité – ont commencé à approcher les « influenceurs » du mouvement. Tentative de récupération, campagne de dénigrement, espions, propositions de postes et de salaires, « à condition de ne plus faire de politique, même pas un tweet. »
La nuit, Gaëlle Bien-Aimé se réveille en sursaut. « On voit l’adversaire en face de nous, mais qu’est-ce qu’il a derrière ? On a l’impression de forces obscures. On est novice dans tout ça. » Elle pense aux vieux militants, qui se sont battus toute leur vie et crèvent dans la misère. Elle se demande si elle en sera capable.


Katie Flore, économiste, employée dans une grande banque haïtienne

Le 10 novembre 2018, quelques jours avant une nouvelle manifestation, 73 personnes au moins sont exécutées par un gang à La Saline, une stratégie de la terreur pour « casser l’élan de la mobilisation contre le pouvoir dans ce quartier réputé hostile au président Jovenel Moïse », selon Le Nouvelliste, le plus ancien quotidien de Port-au-Prince. « Il faudra bien désormais que la jeunesse trempe ses mains dans le sang », soutiennent certains Challengers. Le débat a surgi dans le mouvement, un point sensible. Katie Flore, employée dans une grande banque haïtienne, est contre : « Je suis plutôt centre gauche », dit-elle. Que faisait-elle l’an dernier, à la même époque ? Peut-être préparait-elle ses vacances à Miami ? Ou une soirée au Fubar, un club avec piscine sur les hauteurs ? Elle ne sort plus, elle aurait l’impression de trahir. Selon des associations des droits de l’homme, le blocage du pays, en février, aurait de nouveau provoqué une vingtaine de morts.

Une situation inédite

Plus de six mois après le premier sit-in devant la Cour des comptes, l’institution a rendu un rapport provisoire sur PetroCaribe confirmant que la corruption est devenue un système, au cœur même du fonctionnement de l’Etat. Le président, Jovenel Moïse, lui-même serait mis en cause. Les Etats-Unis, acteur prépondérant dans la zone, avaient approuvé sa victoire et semblent continuer à le soutenir : un nouveau premier ministre par intérim vient d’être nommé, le précédent ayant justement servi de fusible. La décision est tombée dans une indifférence certaine. Elle semble réciproque. Un questionnaire en ligne des Challengers invite les politiques à signer un pacte en trois points : exiger un procès, accepter les solutions venant des Haïtiens, refuser l’utilisation des groupes armés. Aucun d’eux ne l’a signée. « Impossible d’évaluer le rapport de force : la situation est inédite », explique un diplomate américain.


Pascale Solages, militante féministe, responsable de l’association Neges Mawon,

Des élections législatives doivent avoir lieu en octobre prochain, « mais nous ferons tout pour qu’elles soient reportées », explique Pascale Solages, de l’ONG féministe Neges Mawon (« négresses marrons »). Elle est une des rares Challengers à s’être frottée à la politique au niveau communal et à se revendiquer « femme de pouvoir » dans un mouvement citoyen. « On ne vise pas les places, on veut bien davantage : changer le système en entier. » Recommencer de zéro, le vieux rêve de la « génération fin du monde ». « Tabula rasa » [« Table rase »], proclament désormais les banderoles. Certaines ambassades ont commencé à évacuer une partie de leur personnel. De nouvelles manifestations sont prévues fin mars, puis en mai.


Pétion-Ville est la zone où se situent  la plupart des commerces de la bourgeoisie haïtienne, entourée de plusieurs gros bidonvilles.

http://haiti-info.media/la-generation-fin-du-monde-mene-la-contestation-qui-bouleverse-haiti/

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Yanick Lahens: “Le français n’est plus la langue de la domination”

L’écrivaine haïtienne, auteure de « Bain de lune » (Prix Femina 2014) et dernièrement de « Douces déroutes », va inaugurer le 21 mars la nouvelle chaire « mondes francophones » au Collège de France.

Elle laisse entrevoir ici la richesse fascinante de l’histoire et de la culture d’Haïti qu’elle va bientôt développer dans les cours qu’elle va donner (et oui, c’est gratuit) au Collège de France à Paris.

Merci la France, vive Haïti !

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Panser les plaies

Alors que des émeutes ravageaient la capitale Port-au-Prince il y a deux semaines, un petit groupe d’artistes et d’artisans de la côte sud d’Haïti ont décidé de manifester eux aussi pour demander que le carnaval de Jacmel soit maintenu malgré les problèmes du pays. La Presse a assisté à une répétition de la fanfare Dolphin’s Band, dont certains membres ont participé à cette manifestation unique lors des derniers préparatifs de l’événement annuel qui a lieu aujourd’hui.
Étienne Côté-Paluck  Collaboration spéciale

JACMEL — 

Plus que quelques jours avant la grande fête. Les musiciens rassemblés répètent une nouvelle pièce, Banm zèl (Donne-moi des ailes), composée précisément pour cette nouvelle édition du carnaval qui débutera aujourd’hui. Au balcon d’un appartement qui surplombe le terrain où se déroule la répétition, les mouvements de danse saccadés d’un homme qui se brosse les dents torse nu se profilent. « Les fanfares sont l’âme d’Haïti », dit Wesly Tibab, l’un des cofondateurs et le plus vieux membre du groupe.
Mais cette année, les entreprises qui commanditent les musiciens qui défilent dans la rue principale de la ville se sont presque toutes retirées en raison des émeutes des dernières semaines. Il ne reste que l’argent de la mairie qui offre certaines bourses après le défilé. « On a investi toutes nos économies dans la préparation du carnaval », raconte Wesly Tibab.
Sur le béton, des instruments à vent coniques en métal, des « cornets », sont disposés en cercle. En plus des percussionnistes, la fanfare est composée de sept « cornettistes », chacun affecté à une note précise de la gamme. Wesly Tibab est responsable du fa, sur toutes les octaves.
Derrière nous, le nouveau Centre de convention et la promenade en bord de mer de Jacmel, tous les deux inaugurés en 2014, sont en partie éclairés par des lampadaires solaires. Ce sont les deux grands chantiers touristiques des dernières années dans la ville. Ils ont été achevés avec l’argent du fonds PetroCaribe qui devait aussi financer l’agrandissement de l’aéroport, annoncé en grande pompe au début de la décennie. La mauvaise gestion de ce fonds de près de 4 milliards de dollars américains est au centre d’un mouvement citoyen anticorruption depuis quelques mois.
la tradition des « bands à pied »
La cadence effrénée de l’orchestre continue de se propager dans le quartier. Cette musique a d’ailleurs des liens autant avec la musique électronique haïtienne, populaire dans les clubs du pays, qu’avec la spiritualité et la culture vaudoue
Esperancia, 10 ans, passe la porte ouverte du terrain de sport extérieur où la répétition se déroule. « J’aime les fanfares parce que j’aime leur musique. J’aime les tambours, j’aime tout », dit-elle en rigolant. Elle passait par là avec sa mère après une promenade sur le nouveau bord de mer de la ville, très populaire auprès des familles. « Une fois, je suis même sortie avec le Dolphin’s Band », raconte-t-elle, en sautillant sur la musique.
La tradition veut que les deux mois précédant le carnaval, les fanfares prennent les rues chaque dimanche après-midi. Ces « bands à pied » sont souvent suivis par des centaines, parfois des milliers de personnes qui dansent.
« Quand tu fais une chanson de carnaval qui concerne l’actualité, elle se retrouve autant dans les manifs que dans le carnaval », explique Gilbert « Zoul » Trazil, l’un des cinq coordonnateurs du groupe avec Wesly Tibab.

Aussi, plusieurs membres de « bands à pied » sont connus pour animer les foules dans certaines manifestations. Les causes à défendre et les injustices sont nombreuses dans ce pays dont l’économie stagne depuis le terrible séisme du 12 janvier 2010. C’est aussi un gagne-pain, puisque les organisateurs politiques ou syndicaux qui mettent parfois sur pied des manifestations engagent souvent des musiciens de fanfare.
« Regardez les chats dans notre pays, chat-chat “mi-mi-miauw”, regardez les voleurs dans le carnaval », raconte la chanson du Dolphin’s Band cette année, en référence à l’expression créole « plus voleur qu’un chat ». 
Plus loin dans la même pièce, le groupe revient sur la mauvaise gestion du fonds PetroCaribe. « L’argent du pétro était là, mais les enfants du pays l’ont gaspillé », ironisent-ils à propos des responsables de ce fonds.
Alors que Port-au-Prince a annulé cette année la tenue de son carnaval, Gilbert Trazil croit que l’annulation de celui de Jacmel ferait trop de tort à l’économie locale. 
« Il ne faut pas oublier que Jacmel, c’est la ville du carnaval. Il y a des gens pour qui c’est leur seul moment plaisant pour se défouler et se déstresser dans l’année. Pour d’autres comme les artistes ou les marchands, c’est une source de revenus importante. »
— Gilbert Trazil, de la fanfare Dolphin’s Band
Même si la ville, réputée pour sa scène artistique bouillonnante, a retrouvé un semblant de calme cette semaine, peu de touristes étrangers sont attendus pour admirer les gigantesques masques de papier mâché qui vont défiler aujourd’hui. Les artisans commencent généralement la préparation de leurs œuvres de trois à six mois à l’avance.
« Le pays est dans un état déplorable, ajoute Wesly Tibab pour expliquer la grogne populaire des derniers mois. Les prix montent sans qu’on sache quand ça va s’arrêter. Les Haïtiens souffrent. On n’a pas d’argent. Mais, pour nous, c’est le carnaval qui nous permet de vivre. »
Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.

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Byenveni an Ayiti

Texte de Vanessa Destiné

Un grand peuple qui essaye de sauver ce qui lui reste de dignité

Aux yeux des Occidentaux, ce pays est un foutoir. Une république de bananes, le terrain de jeu des ONG, un shithole country à la merci des dictatures et/ou des intempéries. Oui, cette perle a perdu de son éclat, mais sa valeur sur l’échiquier mondial est loin d’être uniquement déterminée par le poids des billets verts. Byenveni an Ayiti.

POUR COMPRENDRE CE QUI SE PASSE EN HAÏTI

Non, il ne sera malheureusement pas question de Wakanda dans ce texte. Le mois de l’histoire des Noirs achève et j’ai envie de vous parler d’un État qui existe pour vrai. Vous le savez, ça brasse encore en Haïti, le pays le plus pauvre des Amériques. Depuis le début du mois de février, les chaînes d’info en continu font défiler des images de jeunes hommes en colère, armés de gourdins, en train de saccager des commerces ou d’affronter des policiers dans les rues de Port-au-Prince. Les manifestants dénoncent la corruption au sein du gouvernement haïtien et la baisse du pouvoir d’achat qui fait qu’une bouteille d’eau se vend présentement 10 piasses dans les dep’ de la capitale.
Same old, same old, me direz-vous.
Sur les réseaux sociaux, les commentaires un peu beaucoup racistes vont bon train. Je ne les répéterai pas ici, mais essentiellement, on se demande pourquoi les nègres qui partagent une frontière avec la si jolie République dominicaine ne sont pas capables de se prendre en main. Or, pour comprendre ce qui se passe en Haïti aujourd’hui, il faut remonter à la découverte des Amériques…en 1492.

LE SYSTÈME ESCLAVAGISTE

Si je vous évoque l’expédition de Christophe-Colomb dans le Nouveau-Monde, vous tenez peut-être pour acquis que le navigateur est débarqué sur le continent. Mais c’est plutôt dans les Caraïbes que notre boy a commencé son aventure américaine. Il est d’abord passé par Cuba avant de se ramasser sur une pas pire grosse île qu’il a baptisé « Hispaniola ». Sauf que l’île avait déjà un nom, donné par les Autochtones qu’on appelait les Taïnos : Ayiti. En 1517, il n’y avait déjà presque plus de trace de ces derniers sur l’île. Il aura fallu seulement 25 ans aux Espagnols pour les exterminer. Or, Haïti regorgeait encore de belles choses.
À cette époque où on tuait son voisin pour des épices et des fourrures, vous comprendrez que de tomber sur un pays débordant de sucre, de tabac, de café et d’or, c’était pas mal le jackpot. Sauf que pour exploiter toutes ces belles ressources, il fallait des bras. On ne pouvait pu vraiment compter sur les Autochtones et ce ne sont certainement pas les Espagnols qui allaient se mouiller. Dès 1502, on va donc chercher des « renforts » sur le continent africain. La traite négrière est officialisée en 1517. Les Espagnols boudent un peu la partie ouest de l’île (pas de cités d’or donc pas d’intérêt). Cette portion et les eaux qui la bordent deviennent peu à peu le terrain de jeux des flibustiers anglais, néerlandais et français. Pirates des Caraïbes, ça vous dit quelque chose?
Bref, des corsaires français flairent la bonne affaire et s’installent tranquillou sur l’île. Bien vite la rumeur d’un nouveau territoire à exploiter se rend jusqu’à la cour de France et cette dernière, forte des explorations des flibustiers, revendique la souveraineté. Hispaniola est divisée en deux : à l’est la portion espagnole et à l’ouest, la portion française qui porte désormais le nom de Saint-Domingue. Sous la gouverne française, la traite négrière s’intensifie et alimente le commerce triangulaire.

LE COMMERCE TRIANGULAIRE

Grosso modo, c’est une structure qui nourrit les relations et le rapport de force (politique, économique et social) entre le pays colonisateur et les pays colonisés. Le pays colonisateur, appelé métropole, amène de l’argent, des bijoux, des armes ou de l’alcool en Afrique en échange d’hommes, de femmes et d’enfants.* Ces derniers sont transportés en Amérique par bateau, enchaînés de préférence, pour exploiter les matières premières dans les colonies. C’est le volet esclavage. Les matières premières sont ensuite envoyées par bateau vers la métropole pour l’usage/la transformation/la revente puis le cycle recommence.
*Les esclaves ne sont pas toujours achetés par les marchands d’esclaves locaux. Ils sont parfois enlevés directement par les Européens lors de raids. On estime qu’entre 7 et 11 millions d’Africains ont été arrachés de leurs terres dans le cadre de la traite négrière.

L’esclavage c’est sale. C’est pas juste des personnes forcées de travailler sans salaire. L’esclavage, c’est la torture au quotidien et les viols à répétition. C’est l’humiliation, la déshumanisation et l’assimilation. Le mythe de l’esclave bien traité par son maître miséricordieux? Une exception, pas la règle. En Haïti, entre le 16e siècle et le 19e siècle, des gens naissent esclaves et meurent esclaves : le statut se transmet de génération en génération. La colère aussi. Un constat s’impose : vaut mieux mourir libre que de vivre en esclavage.

LA RÉVOLTE DES ESCLAVES

Toussaint-Louverture, architecte de la révolution haïtienne (source : Wikicommons), puis Jean-Jacques Dessalines
L’idée de révolution germe sur l’île dès 1791, inspirée par ces nouvelles de soulèvements populaires qui viennent de l’Europe et des États-Unis.
Les révoltes commencent et opposent trois classes de citoyens : les esclaves noirs qui se libèrent par la force versus les colons blancs (fermiers et bourgeois) et les « mulâtres » qui détestent aussi les Blancs, mais qui se sentent supérieurs aux Noirs.
Le coup final (et sanglant) contre le colonisateur est porté en 1803. Elle se solde par la défaite des troupes françaises de Napoléon aux mains de celles de Jean-Jacques Dessalines, un esclave devenu général. Toute est dans toute.
J’aimerais vous dire qu’après ça tout est allé pour le mieux, que les Haïtiens sont devenus maîtres de leur destin et que le fuckaillage que l’on voit dans nos écrans en ce moment résulte de troubles récents.

LA DETTE

Malheureusement après l’indépendance proclamée en 1804, Haïti est demeurée enchaînée à la France par l’entremise de la « dette d’indépendance » aka un dédommagement demandé par la France à la suite de la perte de sa colonie la plus rentable. On parle d’une somme de 150 millions de francs-or (l’équivalent de 21 milliards de dollars aujourd’hui) payés par un pays déjà pillé et lourdement endetté à cause de la guerre. Il aura fallu 125 ans à la Perle des Antilles pour rembourser 60% du montant. La somme restante a été annulée par la France.
Nice.
Je vous entends vous demander pourquoi les Haïtiens se sont abaissés à payer la somme après avoir si chèrement payé leur liberté. La réponse est simple : les autres pays esclavagistes se sont rangés derrière la France par peur de voir des soulèvements dans leurs propres colonies. Haïti, nation déjà dépourvue d’infrastructures, s’est retrouvée isolée, pillée, incapable d’exporter ses produits.
Du côté politique, c’était pas super jojo n’ont plus : les « mulâtres », plus éduqués et plus rattachés à la France, ont rapidement pris les rênes du pays, maintenant ainsi la population noire dans la pauvreté la plus totale.

LES DICTATURES ET L’INGÉRENCE ÉTRANGÈRE

S’enchaînent donc des décennies d’instabilité politique, des tensions avec le voisin dominicain (le pays est passé sous contrôle haïtien durant un temps lors de la révolution), des coups d’État où tout le monde veut sa part du gâteau, des catastrophes naturelles (le pays est situé en plein sur une grosse plaque tectonique), près de 20 ans d’occupation américaine durant lesquels l’économie haïtienne est en partie contrôlée par Washington, puis encore des années d’instabilité. On entre ensuite dans l’ère des dictatures et des gouvernements corrompus avec le règne des Duvaliers, il y a d’autres coups d’État, encore une intervention des États-Unis, des régimes fantoches, l’aide au développement chargée d’intérêts, des ouragans, un tremblement de terre majeur, le choléra amené par les Casques bleus des Nations unies, des scandales sexuels impliquant des ONG et des services de police étrangers (allô la GRC, la SQ et le SPVM)…ouf. Vous comprenez maintenant? Si vous étiez prisonnier d’un pays partagé entre l’ingérence étrangère et les régimes autoritaires, un pays qui n’a jamais eu la chance de souffler un peu et d’écrire sa propre histoire, vous auriez peut-être le goût vous aussi de descendre dans la rue et de tout crisser en feu.

HAÏTI AUX HAÏTIENS

Parmi les slogans qu’on entend dans les rues de Port-au-Prince, ces jours-ci, il y en a un qui résonne particulièrement : « Haïti aux Haïtiens ». La prochaine fois que vous tomberez sur des images de ce qui se passe en Haïti, mettez un peu vos réflexes de colon de côté. Non, c’est pas juste des Nègres qui se battent pour des bidons d’essence. C’est quelque chose comme un grand peuple qui essaie de sauver la dignité qui lui reste et qui en a marre d’être exploité de part et d’autre par les grands de ce monde en échange de quelques miettes de marde.

https://medium.com/tabloid/la-premi%C3%A8re-r%C3%A9publique-noire-du-monde-5c1b7f92f47

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Patrick Saint-Pré

Le journaliste qui sème les bonnes pratiques écologiques en Haïti

Il a découvert, lors de la COP à Paris, que son pays était l’un des plus vulnérables au changement climatique. Depuis, il s’efforce de sensibiliser ses compatriotes.

Tout a commencé loin de chez lui, lors de sa venue à Paris, à la fin 2015, à l’occasion de la COP21. Là, Patrick Saint-Pré l’annonce sans ambages : il a connu, à l’âge de 30 ans, une véritable « révélation ». « J’ai appris que Haïti est l’un des trois pays au monde les plus vulnérables par son exposition au changement climatique, alors qu’ici tout le monde semble l’ignorer », résume-t-il. Selon la Banque mondiale, plus de 90 % des habitants du pays vivent sous la menace d’une catastrophe naturelle accentuée par le réchauffement en cours.

Journaliste couvrant l’actualité économique au Nouvelliste – le grand journal de Haïti, fondé en 1898 –, Patrick Saint-Pré avait répondu sans idée préconçue à une proposition du programme Earth Journalism Network, de l’ONG internationale Internews. C’est ce qui lui a permis, il y a trois ans, de faire le voyage pour la France et de participer au sommet international sur le climat. Marqué par son séjour parmi les élus, experts, journalistes et militants écologistes du monde entier, il crée dès son retour une association, rédige un projet avec l’aide de son épouse pour décrocher quelques subventions, et s’efforce depuis de porter la bonne parole dans son pays.

Son objectif : sensibiliser ses compatriotes aux effets du climat, promouvoir de bonnes pratiques, préserver l’environnement, protéger l’eau, les sols. Compte tenu du niveau de connaissance de la population sur ces sujets, la tâche est immense, et n’a aucune chance d’être accomplie sans aide. Patrick Saint-Pré a donc entrepris un travail de fond, et même de fondation. Méthodiquement.

La radio pour informer les Haïtiens

Pour diffuser des « informations actualisées, fiables et crédibles », comme il dit, pas d’autre choix que de miser sur la radio, « de loin le média le plus performant dans un pays où à peine 30 % de la population a l’électricité et ne peut donc pas regarder la télé », rappelle-t-il. L’émission, qui a débuté en novembre sur l’antenne de Magik 9 (du groupe Le Nouvelliste), s’appelle tout simplement Haïti climat et est adossée à un site Internet. Pour l’alimenter, il faut des journalistes. Le jeune homme a donc constitué un réseau d’une dizaine de correspondants, répartis sur l’ensemble du territoire.

Son budget ne lui permettant pas de les salarier, il s’est adressé aux principales universités et écoles de journalisme de Port-au-Prince. Il a constitué un jury pour sélectionner des nouveaux diplômés, à qui il a proposé un stage de quatre mois rémunéré, durant lequel ces derniers ont reçu une formation au multimédia et aux questions d’environnement. « Nous leur avons fait rencontrer des experts de la gestion des déchets, de l’eau, des opérations post-catastrophes… Et nous essayons, avec nos accointances, de les aider à trouver un emploi », explique Patrick Saint-Pré. En retour, les premiers articles de ces jeunes journalistes vont nourrir le site.

« Je n’ai aucune envie d’émigrer comme tant d’autres »

« J’espère leur insuffler ma passion », poursuit le jeune homme. Marié, né aux Gonaïves, dans le nord de l’île, d’une mère enseignante et d’un père absent, il a étudié la communication à l’université d’Etat de Haïti. Lui qui n’a toujours pas l’eau courante chez lui assure que son engagement en faveur de l’environnement est motivé par son « égoïsme » : « Je veux vivre à Haïti, je n’ai aucune envie d’émigrer comme tant d’autres. Sur les soixante élèves de ma promotion à la fin du collège, il y en a peut-être dix qui sont restés, pas plus. Mon réseaude journalistes haïtiens, si je le faisais à Miami, j’aurais plus de monde… »

Il s’enflamme dès qu’il évoque tout ce qui pourrait être amélioré. « A chaque pluie, par exemple, les déchets filent à la mer, et la boue entraîne systématiquement des glissements de terrain sur le tronçon de route que le président emprunte pour se rendre à son palais. A chaque fois, il faut une excavatrice pour dégager le passage, rapporte-t-il. Un jour des maisons vont descendre avec. Mais on ne fait rien. »

Pour changer les choses, Patrick Saint-Pré mise sur l’action citoyenne, bien plus que sur celle des autorités. « L’Etat est tellement discrédité à Haïti que lorsqu’il prévient de l’arrivée d’une forte intempérie, les gens refusent de se mettre à l’abri. On l’a vu pendant le passage de l’ouragan Matthew, en 2016, regrette-t-il. Il faut travailler comme les abeilles : c’est tous ensemble qu’il faut agir. »

https://www.lemonde.fr/climat/visuel/2018/12/13/en-haiti-patrick-saint-pre-le-journaliste-qui-seme-les-bonnes-pratiques-ecologiques_5396987_1652612.html