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Fedner Exantus: relance de la production du café d’Haïti

ECO AGRICULTURE ET CAFÉ HAÏTIEN
Des initiatives remarquables en réponse à l’urgence climatique
Loin du bruit et de la fureur propagées par les média, les paysans haïtiens oeuvrent avec ténacité à reconstruire leur économie tout en apportant des solutions concrètes à l’urgence climatique.
Ces initiatives portent fruit mais passent trop souvent inaperçues: il est bon de s’en informer et d’en être inspirés.
C’est pourquoi nOula vous invite à:
Visionner le dernier mini documentaire du cinéaste André Vanasse sur les initiatives des agriculteurs chauffeurs de taxi-moto de Jacmel.
Rencontrer Fedner Exantus, un inspirant jeune entrepreneur et militant du café d’Haïti qui est de passage à Montréal pour partager avec nous les bonnes nouvelles de la relance de la production caféière.
Déguster et acheter du café et du chocolat d’Haïti tout en grignotant les délicieux petits pâtés du Boukan du Centre N A Rive.
nOula sera honoré de vous compter au nombre des participants de cet évènement Café Haïti qui vous permettra d’échanger avec un jeune leader haïtien engagé, d’une énergie contagieuse, à l’image de toute une génération de femmes et d’hommes qui ont relevé le défi de réinscrire le café haïtien parmi les meilleurs crus d’ors noirs de la planète.
18h Accueil du public
18h15 Projection de mini-documentaires sur l’agro-écologie et la culture du café en Haïti en présence du réalisateur André Vanasse
19 h à 20 h Présentation de Fedner Exantus et échanges avec le public
Dégustation et vente de café et chocolat 100% natif natal Ayisien, importés par nOula
ENTRÉE LIBRE / Contribution volontaire au « Fonds Réciprocité »
pour permettre à nos partenaires producteurs de venir nous rencontrer plus souvent
Pa gen peyi san peyizan!
Centre N A Rive 6971, rue Saint-Denis, Montréal, Qc, H2S 2S5, Métro Jean Talon, (centrenarive.com)
Renseignements: Joël: 438-933-0531 Jean-Christophe: 514-812-5278 info@noulacoop.com
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Café Cambio coop de travail

Notre coop soeur (et torréfacteur) s’installe dans ses nouveaux locaux.

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Génération fin du monde

La « génération fin du monde » mène la contestation qui bouleverse Haïti


Gilbert Mirambeau Jr., 35 ans réalisateur, auteur du tweet ayant déclenché les manifestations contre le scandale PetroCaribe

Le Monde, 28 mars 2019
Texte: Florence Aubenas, envoyée spéciale
Photos: Georges-Henri Rouzier

A peine adultes après le tremblement de terre de 2010 qui a fait 230 000 morts, ces trentenaires organisent une mobilisation qui dure depuis huit mois.
Porter les morts comme des sacs de riz et les empiler par tas. Ne plus retrouver le chemin de chez soi dans la ville anéantie par le séisme. Dormir dehors au milieu d’enfants devenus fous. Et se sentir submergé par un sentiment, qu’on n’ose d’abord pas nommer : l’enthousiasme. Ralph Thomassaint avait 23 ans au moment du tremblement de terre à Port-au-Prince, le 12 janvier 2010. « La résilience haïtienne », s’émerveillent les responsables d’ONG. L’expression l’exaspère. C’était autre chose, un espoir absolu à la mesure de l’horreur. Le monde entier les regardait, psalmodiant : c’est la fin du monde. Et pourquoi pas ? Tout recommencerait de zéro. « Même si tu ne voulais pas y croire, c’était plus fort que toi : on était triste, mais on voulait exister. On allait redémarrer le pays », se souvient M. Thomassaint. Ils étaient nombreux à se le dire, entre jeunes gens.
Rien n’a changé à Port-au-Prince, presque une décennie plus tard. La « génération fin du monde » est trentenaire. Sans que personne l’ait vu venir – pas même elle –, la voilà à la tête d’une contestation qui bouleverse Haïti. Ici, en deux siècles d’indépendance, c’est la politique en mode tragique, révolution, insurrection, putsch, émeutes. Cette fois, le mouvement est d’un genre inédit. Il fait rire. Ou plutôt, il faisait rire : des enfants de la classe moyenne (si le mot a un sens à Port-au-Prince) qui se maquillent pour aller aux sit-in et prennent des selfies sur les barricades pour débattre économie dans un pays à genoux.
Aujourd’hui, après huit mois de mobilisation, une centaine de morts, cinq manifestations et le blocage total du pays pendant une semaine, les visages moqueurs se sont figés. Alors que d’autres actions s’annoncent, un nouveau premier ministre par intérim vient d’être nommé le 21 mars, Jean Michel Lapin. Un moyen de repousser la question que pose la « génération fin du monde » : le mouvement conduira-t-il à refonder en profondeur la démocratie haïtienne ? Ou, au contraire, à déclencher un nouveau cycle de répression féroce ?

Les milliards détournés du scandale PetroCaribe

Sur des sièges en rotin, des jeunes gens par grappes martyrisent gaiement leur smartphone. Un ventilateur et Aznavour qui chante Venise se relaient pour brasser la chaleur entre des murs aux couleurs tranchées. On pourrait être dans n’importe quel café cool de la planète, jusqu’au garçon accoudé au bar devant un plat spécial végétarien. Gilbert Mirambeau Jr., 35 ans, cinéaste, jolie petite gueule et délicat piercing. On l’interrompt parfois : « Un autographe, s’il te plaît. » Ça ne lui fait pas plaisir. Si au moins c’était pour son film, Kafou (« Carrefour », 2017) plusieurs fois primé, mais jamais projeté à Port-au-Prince : plus de vraie salle de cinéma. En fait, M. Mirambeau est une célébrité depuis que son tweet, posté le 14 août 2018, a déclenché le mouvement. L’histoire est si parfaite qu’elle paraît une fake news inventée par un géant du numérique.

A l’époque, Gilbert Mirambeau est à Montréal chez sa sœur. Dans la douillette nuit canadienne, c’est Port-au-Prince qui s’entête à l’empêcher de dormir, la ville dans son dénuement telle qu’elle commence derrière les portes du café cool avec ses baraques en carton cramponnées à flanc de colline et ses ordures suintantes, puantes, fumantes, hautes comme des remparts. Pas de traitement des déchets. Près des deux tiers des habitants vivent sans services publics, ni eau ni électricité. Et pendant ce temps, la classe politique n’en finit pas de s’enrichir, tout en se chamaillant pour le « partage du butin », citation authentique lâchée en plein Sénat.
Au petit matin, M. Mirambeau tweete une photo, prise sur le canapé de sa sœur. Les yeux bandés, il brandit quelques mots en créole écrits sur un papier : « Kot Kob Petwo Karibe a ??? » (Où est l’argent de PetroCaribe ?).
PetroCaribe, c’est un programme lancé par le Venezuela pour dix-huit pays de la région, dont Haïti, à partir de 2006. A des conditions miraculeuses, Caracas les fournissait en produits pétroliers pendant dix ans : la moitié payable tout de suite, le reste versé sur un fonds à vocation économique et sociale, remboursable sur vingt-cinq ans, à 1 % d’intérêt. A Haïti, PetroCaribe se transforme en une machine à cash, hors de tout contrôle. Chiffres estimés : entre 2 et 4 milliards de dollars américains (entre 1,75 et 3,5 milliards d’euros) détournés, une vingtaine d’hommes politiques mis en cause, dont des ministres et trois chefs d’Etat haïtiens successifs.
K-Libr, fameux rappeur haïtien, relaie le tweet de Mirambeau en se photographiant avec le même message. Une actrice prend le relais. En quelques jours, le hashtag #PetroCaribeChallenge affiche des millions de vues. Aujourd’hui encore, Mirambeau peine à se reconnaître dans ce double héroïque et virtuel, qui a joué les détonateurs depuis le canapé de sa sœur. « J’ai agi sans calcul, c’était mon subconscient. »

Des étudiants contestataires exclus de l’université

Andy Antoine aussi a sauté sur le tweet PetroCaribe. Il ne connaît pas Mirambeau, mais connaît bien, en revanche, le militantisme. Fils d’un délégué agricole, Antoine s’est fait virer pour contestation de l’université d’Etat en sciences sociales. Comment décrire la fac ? En son milieu chancelle un bâtiment foudroyé, laissant entrevoir ses entrailles évidées comme si le séisme venait juste d’avoir lieu. Partout dans Port-au-Prince, mégapole gueule cassée, subsistent ces moignons d’immeubles, ces rues mutilées, ces carcasses jamais reconstruites neuf ans plus tard, y compris le Palais national, siège de la Présidence.


Andy Antoine, étudiant de 29 ans, le 25 février

A l’université, les cours se donnent désormais dans quelques containers en ferraille, entre décombres et graffitis. Quatre étudiants dorment, assommés de chaleur, devant un tableau noir où un cours annonce : « Les expériences politiques grecques ». Sous une bâche de l’ONG USAid, une dame sort des Coca d’un frigo rouillé, son enfant sur le bras. C’est le restaurant universitaire. Pas de sanitaire utilisable. Un campus hors de la ville avait été financé, grâce à des crédits d’entraide. Toujours rien. Corruption : on bute sur le même mot, à chaque pas. Devant les étrangers, les étudiants éludent les questions. « Ne pas ternir l’image du pays », avance l’un. La honte, la fierté, la colère se succèdent dans son regard. Un autre s’approche. « Ici, plus tu mets d’argent, moins ça bouge. »
« Ici, plus tu mets d’argent, moins ça bouge », se lamente un étudiant
Andy Antoine dénonçait les conditions d’études, y compris académiques. La nomination de certains professeurs, par exemple : piston ou diplôme ? Il fait partie des quinze étudiants expulsés de la fac, dont un grièvement blessé. Pourquoi ne pas transformer le tweet de Mirambeau en manifestation ? « La situation restait un peu vague, l’opinion n’était pas saisie, mais on a voulu tenter une exploration », se souvient-il. Un sit-in non violent est organisé le 24 août 2018 devant la Cour des comptes. Revendications : une enquête sur PetroCaribe et un procès.


Etudiants dans la cour de la faculté des sciences humaines de l’Etat haïtien à Port-au-Prince

Ce jour-là, les quelques milliers de manifestants n’appartiennent ni aux quartiers populaires, d’où déferlent régulièrement des émeutiers ni au monde militant. Ils seraient plutôt à l’opposé, le portrait-robot de ceux qu’on ne voit jamais dans la rue : des jeunes, des femmes, « tous avec des situations professionnelles sérieuses », insiste l’un. Ils ont voyagé au Canada, à Miami, en France. Ici, le pays entier pousse à l’exil. Les écoles privées distribuent aux élèves les prospectus des universités étrangères. Les familles se saignent. « Sur 50 dans la classe, nous ne sommes plus que douze aujourd’hui à habiter ici », relève un informaticien. Eux aussi sont partis. Mais, à la différence des autres, ils sont revenus.

Un mouvement aux couleurs de l’époque

Emmanuella Douyon, par exemple, 29 ans et une vie ciselée comme un CV : licence d’économie à Taïwan, double master à la Sorbonne, trilingue chinois, anglais, français. Son choix de retourner à Port-au-Prince travailler dans une structure internationale a provoqué l’étonnement, voire la consternation. « Tout ça pour ça », a lâché une amie. Emmanuella Douyon le revendique : « Ailleurs, je serais un numéro. Ici, ma vie a du sens. » Parler de retour aux racines serait exagéré. N’empêche que beaucoup revendiquent ce que les milieux éduqués avaient tendance à refouler : s’exprimer publiquement en créole ou pratiquer le vaudou.
L’atterrissage retour n’a pas été si simple. Avec leurs diplômes, ils ont aussi ramené d’autres standards de vie. Ils veulent la réussite, les vacances, un appartement avec la box Wi-Fi, l’eau et l’électricité, des choses hors de prix à Port-au-Prince, où tout passe par des réseaux privés. « A capacités égales », Emmanuella Doyon s’est rendu compte qu’elle vivait pour moins cher à Paris. Acheter une voiture neuve reste inabordable ou même faire les courses sur les hauteurs de Port-au-Prince dans les supermarchés des vrais riches et leurs rayons de produits importés. Ils se savent jeunes, privilégiés, mais fragiles. « Impossible de faire des projections. Un accident, une maladie, la vie s’écroule et on reste sur le cul. »
Ce premier sit-in a laissé l’impression d’un rendez-vous géant – et pour la première fois réel – entre amis sur Facebook. Spontanément, le mouvement a pris les couleurs de l’époque : pas de leader, refus des partis traditionnels, mobilisation via les réseaux sociaux. « On voyait la jeunesse bouger partout dans le monde : c’était notre tour, on s’affichait enfin. Pour certains, ça ressemblait presque à une mode », se souvient un jeune homme, tee-shirt « Rolling Stones à Cuba » ramené de New York. Il en est sûr, maintenant : il veut manifester chez lui, plutôt que « défiler en France pour le droit des migrants ». Et lui, qu’est-ce qui lui manque, ici à Haïti ? Il réfléchit, sérieux soudain. « Un avenir. »

Les gangs contrôlent l’espace public

Assis sous un auvent, à l’entrée de l’hôpital, des hommes en groupe guettent le visiteur comme des pêcheurs le poisson. Aussitôt, ils le harponnent, l’escortent pour remplir son dossier ou le guider à travers les bâtiments. Chaque nuit, ils font le tour des malades dans l’obscurité gémissante des dortoirs. Sans souci de médecine, ils décident qui restera. Tout ça ne se discute pas. Ça se paie. Au matin, les médecins découvrent les lits vides de ceux contraints de rentrer chez eux.
Dans Haïti, Etat-fantôme, les gangs ont pris le contrôle de l’espace public, les marchés, les cimetières, les voies de transport, rançonnant jusqu’à l’enfant qui vend deux piles sur le trottoir. Aucun programme de désarmement n’a jamais fonctionné : l’alliance avec les gangs est un passage obligé de toute campagne électorale.


Le docteur Stéphane Michel,  gynécologue, dans sa clinique à Port-au-Prince, le 26 février. Sa femme a été kidnappée dans les années 2000.

Le système est à bout, le pays se tait. « L’habitude de l’injustice et de l’impuissance », dit Stéphane Michel, 41 ans, gynécologue. Ton posé, presque doux, pour raconter le kidnapping de sa femme dans les années 2000. Il s’était battu pour qu’un procès se tienne, malgré les conseils d’amis magistrats. Haïti venait de surpasser la Colombie au box-office des enlèvements, jusqu’à trente par jour. La voix du médecin tremble un peu pour répéter les mots du magistrat aux accusés, quand il les a acquittés : « On vous laisse partir pour cette fois, mais ne recommencez plus. » Ils étaient ressortis libres, un gros gang des Caraïbes.
En ville, la clinique privée du docteur Michel est facile à trouver : près de l’hôtel Marriott, mastodonte étoilé inauguré par Bill Clinton en 2015. Les 45 millions de dollars d’investissements avaient été salués comme « le retour de la confiance dans la viabilité économique du pays ». En ce moment, sept étages sont fermés, faute de clients. Le docteur Stéphane voulait apporter un souffle nouveau à la médecine haïtienne : le taux de mortalité maternelle y est un des plus hauts du monde et le budget du ministère de la santé moins bien doté que celui de la présidence.
En voyant surgir les « PetroCaribe Challengers » (le surnom des protestataires, désormais), le gynécologue s’est d’abord méfié. Il a si souvent été trompé en politique qu’il s’est déconnecté. Faire son travail. Rentrer chez soi. Fermer la porte.

Un million de manifestants le 17 octobre

A vrai dire, plusieurs rapports officiels avaient déjà révélé des détournements dès 2008 : chantiers payés mais jamais réalisés ou bien déjà effectués ; le treizième mois des fonctionnaires budgété, mais pas versé. Soyons honnête : peu de gens, y compris chez les Challengers, avaient pris le temps de les lire. « Curieusement, la crédibilité de ces audits n’était pas en cause. Tout était vrai, nous le savions, explique Camille Chalmers, professeur d’économie. Le problème était : qui dénonce et pourquoi ? » En général, il s’agit de politiques – parfois mouillés eux-mêmes – cherchant à régler leurs comptes ou à intégrer le système. Mais c’est surtout la menace d’une nouvelle crise sanglante qui était brandie pour éviter de s’attaquer à la corruption : la gouvernance avait peut-être les mains sales, mais au moins était-elle stable. « Aujourd’hui, préserver ce statu quo paraît, au contraire, la première cause d’instabilité », continue Camille Chalmers.
Quelques Challengers commencent à mettre le nez dans les dossiers. Un choc. Le sentiment d’impunité paraît tel que les fraudeurs masquent à peine leurs manœuvres. Le mécanisme se répète, toujours pareil : l’argent est décaissé, mais n’arrive pas à destination. Il disparaît. Une mobilisation est lancée : envoyez les photos des grands travaux jamais finalisés dans vos provinces. D’un coup, apparaît un pays en trompe-l’œil, avec des terrains vagues baptisés zones industrielles, des stades de football réduits à une pelouse ou des marchés couverts en éternel chantier.


Vue depuis le viaduc de Delmas. Ce lieu, où l’actuel président Jovenel Moïse avait debuté sa campagne électorale, est devenu le principal point de ralliement des manifestations.

Nouvelle manifestation, le 18 septembre. Puis le 17 octobre : « une marée humaine », s’émeut le Miami Herald, plus d’un million de personnes dans le pays, sur presque 11 millions d’habitants. Contrairement aux pronostics, les quartiers populaires ont rejoint le mouvement. Le ton s’est durci, aussi. « Je n’étais pas militant, je le suis devenu sur le tas », dit aujourd’hui le cinéaste Gilbert Mirambeau Jr., auteur du tweet du 14 août. Pour la première fois de sa vie, le gynécologue Stéphane Michel est allé à une manifestation. Certaines patientes se sont effrayées : « Vous allez faire de la politique, docteur ? »

Une balle en pleine tête

Installés dans l’ombre mince d’un muret, deux mécaniciens attendent du travail. Comme hier et demain, ils n’en trouveront pas. Riz à midi et riz le soir, peut-être du poulet dimanche. En attendant, ils « brassent la rue », se laissant emporter par l’énergie du bitume, « mon carburant à moi », dit l’un. Passe une dame qui vend des sachets d’eau potable, une autre du charbon de bois dans une bassine sur sa tête, puis deux poules, une chèvre, des écolières en uniforme chantant un cantique, une camionnette avec une batterie où recharger les téléphones portables. Cassius, tout juste expulsé des Etats-Unis, n’a pas les quelques pièces pour brancher le sien. Il ira le faire à l’église, après sa partie de cartes. Devant l’autel, une silhouette en pâmoison remercie Dieu pour son visa. La femme de Cassius est restée à New York. « Dommage, c’est la seule que j’avais », dit-il, comme étonné lui-même. On est à Bel Air, jadis quartier chic des bords de mer, qu’il convient aujourd’hui de ne pas fréquenter la nuit.


Augustin Allenby, 35 ans, opérateur artistique dans le quartier de Bel Air, le 10 mars.

Sur la chaussée, des blocs de béton et des traces de feux rappellent les dernières manifestations. « Au début, les gens ne s’autorisaient pas à demander des comptes : aujourd’hui, même les enfants savent ce que signifie PetroCaribe », explique Augustin Allenby, 35 ans, opérateur artistique. Dans le quartier, il a ouvert un lieu d’exposition pour les artistes de la rue.
La plupart des programmes sociaux liés à PetroCaribe transitaient par un organisme spécial, le Fonds d’assistance économique et sociale. Deux de ses directeurs ont été retrouvés dans une chambre d’hôtel à Miami, en 2017 et 2018, une balle en pleine tête. Ils devaient être entendus par une commission d’enquête sur PetroCaribe. La thèse du suicide a été avancée.
Avec un groupe de graphistes, Augustin Allenby a créé les pochoirs autour du thème : « Où est l’argent de PetroCaribe ? » Un soir où ils en constellaient la ville, une voiture de police a ralenti à leur hauteur. « Normalement, on devrait vous arrêter », a lancé un gradé. Silence. « Mais on passera de temps en temps cette nuit pour vous protéger. Ce que vous faites est très risqué. » Pas besoin d’en dire plus. « Des gens pourraient nous éliminer, traduit M. Allenby. Pour l’instant, on voit qu’ils font attention de ne pas nous assassiner : un martyr donnerait de l’importance au mouvement. Mais jusqu’à quand ? »

Récupération et stratégie de la terreur

La peur a d’abord saisi les parents. La génération précédente a connu la dictature, la prison, l’exil politique, la torture. Ils répètent : « Nous savons ce que c’est, dans notre chair. Pas vous. » Aujourd’hui, Haïti n’est pas un régime policier, mais dangereux sûrement. « Nous les jeunes, on ne s’est pas dit : “tiens, on va faire de la politique”, dit Gaëlle Bien-Aimé, 31 ans. Dans la mentalité d’ici, tu ne te mêles surtout pas de ça. C’est sale, c’est terrifiant, voire les deux. En revanche, tu es bien content si tu as un cousin dedans. Ça peut servir. » La dernière présidentielle, en 2015, en raconte à la fois l’hystérie et le dégoût : il y avait 70 candidats et 20 % de votants, plus de postulants que d’électeurs, blaguait-on sur l’île. Jovenel Moïse, un libéral, a remporté le scrutin.
Gaëlle Bien-Aiméest actrice. Elle aime faire rire. Elle affiche des dreadlocks. Elle ne veut ni mariage ni enfant. Bref, tout en elle affole les conventions locales. Ses spectacles la racontent, son blog et aussi sur le site AyiboPost, une référence. Impossible pour elle de s’imaginer ailleurs que chez les Challengers. « Chez moi, on ne dit rien, pour ne pas m’effrayer », explique-t-elle. Dans d’autres familles, on ne leur adresse plus la parole.
Après les premiers succès des manifestations, les politiques – opposition comme majorité – ont commencé à approcher les « influenceurs » du mouvement. Tentative de récupération, campagne de dénigrement, espions, propositions de postes et de salaires, « à condition de ne plus faire de politique, même pas un tweet. »
La nuit, Gaëlle Bien-Aimé se réveille en sursaut. « On voit l’adversaire en face de nous, mais qu’est-ce qu’il a derrière ? On a l’impression de forces obscures. On est novice dans tout ça. » Elle pense aux vieux militants, qui se sont battus toute leur vie et crèvent dans la misère. Elle se demande si elle en sera capable.


Katie Flore, économiste, employée dans une grande banque haïtienne

Le 10 novembre 2018, quelques jours avant une nouvelle manifestation, 73 personnes au moins sont exécutées par un gang à La Saline, une stratégie de la terreur pour « casser l’élan de la mobilisation contre le pouvoir dans ce quartier réputé hostile au président Jovenel Moïse », selon Le Nouvelliste, le plus ancien quotidien de Port-au-Prince. « Il faudra bien désormais que la jeunesse trempe ses mains dans le sang », soutiennent certains Challengers. Le débat a surgi dans le mouvement, un point sensible. Katie Flore, employée dans une grande banque haïtienne, est contre : « Je suis plutôt centre gauche », dit-elle. Que faisait-elle l’an dernier, à la même époque ? Peut-être préparait-elle ses vacances à Miami ? Ou une soirée au Fubar, un club avec piscine sur les hauteurs ? Elle ne sort plus, elle aurait l’impression de trahir. Selon des associations des droits de l’homme, le blocage du pays, en février, aurait de nouveau provoqué une vingtaine de morts.

Une situation inédite

Plus de six mois après le premier sit-in devant la Cour des comptes, l’institution a rendu un rapport provisoire sur PetroCaribe confirmant que la corruption est devenue un système, au cœur même du fonctionnement de l’Etat. Le président, Jovenel Moïse, lui-même serait mis en cause. Les Etats-Unis, acteur prépondérant dans la zone, avaient approuvé sa victoire et semblent continuer à le soutenir : un nouveau premier ministre par intérim vient d’être nommé, le précédent ayant justement servi de fusible. La décision est tombée dans une indifférence certaine. Elle semble réciproque. Un questionnaire en ligne des Challengers invite les politiques à signer un pacte en trois points : exiger un procès, accepter les solutions venant des Haïtiens, refuser l’utilisation des groupes armés. Aucun d’eux ne l’a signée. « Impossible d’évaluer le rapport de force : la situation est inédite », explique un diplomate américain.


Pascale Solages, militante féministe, responsable de l’association Neges Mawon,

Des élections législatives doivent avoir lieu en octobre prochain, « mais nous ferons tout pour qu’elles soient reportées », explique Pascale Solages, de l’ONG féministe Neges Mawon (« négresses marrons »). Elle est une des rares Challengers à s’être frottée à la politique au niveau communal et à se revendiquer « femme de pouvoir » dans un mouvement citoyen. « On ne vise pas les places, on veut bien davantage : changer le système en entier. » Recommencer de zéro, le vieux rêve de la « génération fin du monde ». « Tabula rasa » [« Table rase »], proclament désormais les banderoles. Certaines ambassades ont commencé à évacuer une partie de leur personnel. De nouvelles manifestations sont prévues fin mars, puis en mai.


Pétion-Ville est la zone où se situent  la plupart des commerces de la bourgeoisie haïtienne, entourée de plusieurs gros bidonvilles.

http://haiti-info.media/la-generation-fin-du-monde-mene-la-contestation-qui-bouleverse-haiti/

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Byenveni an Ayiti

Texte de Vanessa Destiné

Un grand peuple qui essaye de sauver ce qui lui reste de dignité

Aux yeux des Occidentaux, ce pays est un foutoir. Une république de bananes, le terrain de jeu des ONG, un shithole country à la merci des dictatures et/ou des intempéries. Oui, cette perle a perdu de son éclat, mais sa valeur sur l’échiquier mondial est loin d’être uniquement déterminée par le poids des billets verts. Byenveni an Ayiti.

POUR COMPRENDRE CE QUI SE PASSE EN HAÏTI

Non, il ne sera malheureusement pas question de Wakanda dans ce texte. Le mois de l’histoire des Noirs achève et j’ai envie de vous parler d’un État qui existe pour vrai. Vous le savez, ça brasse encore en Haïti, le pays le plus pauvre des Amériques. Depuis le début du mois de février, les chaînes d’info en continu font défiler des images de jeunes hommes en colère, armés de gourdins, en train de saccager des commerces ou d’affronter des policiers dans les rues de Port-au-Prince. Les manifestants dénoncent la corruption au sein du gouvernement haïtien et la baisse du pouvoir d’achat qui fait qu’une bouteille d’eau se vend présentement 10 piasses dans les dep’ de la capitale.
Same old, same old, me direz-vous.
Sur les réseaux sociaux, les commentaires un peu beaucoup racistes vont bon train. Je ne les répéterai pas ici, mais essentiellement, on se demande pourquoi les nègres qui partagent une frontière avec la si jolie République dominicaine ne sont pas capables de se prendre en main. Or, pour comprendre ce qui se passe en Haïti aujourd’hui, il faut remonter à la découverte des Amériques…en 1492.

LE SYSTÈME ESCLAVAGISTE

Si je vous évoque l’expédition de Christophe-Colomb dans le Nouveau-Monde, vous tenez peut-être pour acquis que le navigateur est débarqué sur le continent. Mais c’est plutôt dans les Caraïbes que notre boy a commencé son aventure américaine. Il est d’abord passé par Cuba avant de se ramasser sur une pas pire grosse île qu’il a baptisé « Hispaniola ». Sauf que l’île avait déjà un nom, donné par les Autochtones qu’on appelait les Taïnos : Ayiti. En 1517, il n’y avait déjà presque plus de trace de ces derniers sur l’île. Il aura fallu seulement 25 ans aux Espagnols pour les exterminer. Or, Haïti regorgeait encore de belles choses.
À cette époque où on tuait son voisin pour des épices et des fourrures, vous comprendrez que de tomber sur un pays débordant de sucre, de tabac, de café et d’or, c’était pas mal le jackpot. Sauf que pour exploiter toutes ces belles ressources, il fallait des bras. On ne pouvait pu vraiment compter sur les Autochtones et ce ne sont certainement pas les Espagnols qui allaient se mouiller. Dès 1502, on va donc chercher des « renforts » sur le continent africain. La traite négrière est officialisée en 1517. Les Espagnols boudent un peu la partie ouest de l’île (pas de cités d’or donc pas d’intérêt). Cette portion et les eaux qui la bordent deviennent peu à peu le terrain de jeux des flibustiers anglais, néerlandais et français. Pirates des Caraïbes, ça vous dit quelque chose?
Bref, des corsaires français flairent la bonne affaire et s’installent tranquillou sur l’île. Bien vite la rumeur d’un nouveau territoire à exploiter se rend jusqu’à la cour de France et cette dernière, forte des explorations des flibustiers, revendique la souveraineté. Hispaniola est divisée en deux : à l’est la portion espagnole et à l’ouest, la portion française qui porte désormais le nom de Saint-Domingue. Sous la gouverne française, la traite négrière s’intensifie et alimente le commerce triangulaire.

LE COMMERCE TRIANGULAIRE

Grosso modo, c’est une structure qui nourrit les relations et le rapport de force (politique, économique et social) entre le pays colonisateur et les pays colonisés. Le pays colonisateur, appelé métropole, amène de l’argent, des bijoux, des armes ou de l’alcool en Afrique en échange d’hommes, de femmes et d’enfants.* Ces derniers sont transportés en Amérique par bateau, enchaînés de préférence, pour exploiter les matières premières dans les colonies. C’est le volet esclavage. Les matières premières sont ensuite envoyées par bateau vers la métropole pour l’usage/la transformation/la revente puis le cycle recommence.
*Les esclaves ne sont pas toujours achetés par les marchands d’esclaves locaux. Ils sont parfois enlevés directement par les Européens lors de raids. On estime qu’entre 7 et 11 millions d’Africains ont été arrachés de leurs terres dans le cadre de la traite négrière.

L’esclavage c’est sale. C’est pas juste des personnes forcées de travailler sans salaire. L’esclavage, c’est la torture au quotidien et les viols à répétition. C’est l’humiliation, la déshumanisation et l’assimilation. Le mythe de l’esclave bien traité par son maître miséricordieux? Une exception, pas la règle. En Haïti, entre le 16e siècle et le 19e siècle, des gens naissent esclaves et meurent esclaves : le statut se transmet de génération en génération. La colère aussi. Un constat s’impose : vaut mieux mourir libre que de vivre en esclavage.

LA RÉVOLTE DES ESCLAVES

Toussaint-Louverture, architecte de la révolution haïtienne (source : Wikicommons), puis Jean-Jacques Dessalines
L’idée de révolution germe sur l’île dès 1791, inspirée par ces nouvelles de soulèvements populaires qui viennent de l’Europe et des États-Unis.
Les révoltes commencent et opposent trois classes de citoyens : les esclaves noirs qui se libèrent par la force versus les colons blancs (fermiers et bourgeois) et les « mulâtres » qui détestent aussi les Blancs, mais qui se sentent supérieurs aux Noirs.
Le coup final (et sanglant) contre le colonisateur est porté en 1803. Elle se solde par la défaite des troupes françaises de Napoléon aux mains de celles de Jean-Jacques Dessalines, un esclave devenu général. Toute est dans toute.
J’aimerais vous dire qu’après ça tout est allé pour le mieux, que les Haïtiens sont devenus maîtres de leur destin et que le fuckaillage que l’on voit dans nos écrans en ce moment résulte de troubles récents.

LA DETTE

Malheureusement après l’indépendance proclamée en 1804, Haïti est demeurée enchaînée à la France par l’entremise de la « dette d’indépendance » aka un dédommagement demandé par la France à la suite de la perte de sa colonie la plus rentable. On parle d’une somme de 150 millions de francs-or (l’équivalent de 21 milliards de dollars aujourd’hui) payés par un pays déjà pillé et lourdement endetté à cause de la guerre. Il aura fallu 125 ans à la Perle des Antilles pour rembourser 60% du montant. La somme restante a été annulée par la France.
Nice.
Je vous entends vous demander pourquoi les Haïtiens se sont abaissés à payer la somme après avoir si chèrement payé leur liberté. La réponse est simple : les autres pays esclavagistes se sont rangés derrière la France par peur de voir des soulèvements dans leurs propres colonies. Haïti, nation déjà dépourvue d’infrastructures, s’est retrouvée isolée, pillée, incapable d’exporter ses produits.
Du côté politique, c’était pas super jojo n’ont plus : les « mulâtres », plus éduqués et plus rattachés à la France, ont rapidement pris les rênes du pays, maintenant ainsi la population noire dans la pauvreté la plus totale.

LES DICTATURES ET L’INGÉRENCE ÉTRANGÈRE

S’enchaînent donc des décennies d’instabilité politique, des tensions avec le voisin dominicain (le pays est passé sous contrôle haïtien durant un temps lors de la révolution), des coups d’État où tout le monde veut sa part du gâteau, des catastrophes naturelles (le pays est situé en plein sur une grosse plaque tectonique), près de 20 ans d’occupation américaine durant lesquels l’économie haïtienne est en partie contrôlée par Washington, puis encore des années d’instabilité. On entre ensuite dans l’ère des dictatures et des gouvernements corrompus avec le règne des Duvaliers, il y a d’autres coups d’État, encore une intervention des États-Unis, des régimes fantoches, l’aide au développement chargée d’intérêts, des ouragans, un tremblement de terre majeur, le choléra amené par les Casques bleus des Nations unies, des scandales sexuels impliquant des ONG et des services de police étrangers (allô la GRC, la SQ et le SPVM)…ouf. Vous comprenez maintenant? Si vous étiez prisonnier d’un pays partagé entre l’ingérence étrangère et les régimes autoritaires, un pays qui n’a jamais eu la chance de souffler un peu et d’écrire sa propre histoire, vous auriez peut-être le goût vous aussi de descendre dans la rue et de tout crisser en feu.

HAÏTI AUX HAÏTIENS

Parmi les slogans qu’on entend dans les rues de Port-au-Prince, ces jours-ci, il y en a un qui résonne particulièrement : « Haïti aux Haïtiens ». La prochaine fois que vous tomberez sur des images de ce qui se passe en Haïti, mettez un peu vos réflexes de colon de côté. Non, c’est pas juste des Nègres qui se battent pour des bidons d’essence. C’est quelque chose comme un grand peuple qui essaie de sauver la dignité qui lui reste et qui en a marre d’être exploité de part et d’autre par les grands de ce monde en échange de quelques miettes de marde.

https://medium.com/tabloid/la-premi%C3%A8re-r%C3%A9publique-noire-du-monde-5c1b7f92f47

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Mission commerciale

Des torréfacteurs canadiens rencontrent les producteurs

Du 19 au 25 février 2018 j’ai eu le plaisir d’accompagner à Baptiste et à Thiotte une délégation de torréfacteurs canadiens qui s’intéressent au café d’Haïti au point d’aller y rencontrer les producteurs et déguster des échantillons de la récolte 2018.
Ces individus, accompagnés d’une formatrice en dégustation de Colombie, représentent la génération montante des torréfacteurs d’Amérique du Nord qui sont en train d’insuffler un nouvel esprit dans cette industrie.
Leur passion pour le café les a amené à développer des connaissances et des compétences remarquables qu’ils ont généreusement partagé avec nos partenaires producteurs.
Ils ont rencontré 2 des principaux réseaux de producteurs (Ucocab et Coopcab), visité des parcelles en régénération et surtout dégusté des échantillons de la récolte en cours.
La bonne surprise pour eux fut qu’ils ont détecté dans certains échantillons des saveurs très recherchées par les acheteurs de « Specialty coffees »: ils pensent qu’il y a réellement un marché important et lucratif pour ce type de café qui est en voie de disparition dans plusieurs pays producteurs.
Cependant les membres de cette délégation sont unanimes à souligner que cela nécessite de continuer le travail à long terme d’amélioration de la qualité tant au niveau des bonnes pratiques d’écoagriculture caféières que des procédures de transformation, particulièrement le séchage.
Bravo à Patrick Dessources (Caseli) et Yves-André Séjour (Technoserve) pour avoir initié, coordonné et très généreusement accompagné cette délégation tout au long de ce périple financé par Affaires mondiales Canada (via TFO).
Certaines idées assez créatives ont été lancées par ces torréfacteurs sur la façon d’introduire ce café sur le marché canadien.
À suivre donc.
jcs
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Kok Ki Chante au Café Cambio

19 août 1017

Première visite de Kok Ki Chante à Chicoutimi

Nous avons eu la grande joie de recevoir pour la première fois au Saguenay notre partenaire et ami Fedner Exantus, membre fondateur de Kok Ki Chante, entreprise sociale haïtienne qui fournit depuis 2012 encadrement et appui technique aux coopératives de producteurs de café d’Haïti.

Fedner et Jean-Manor déchargeant du café vert haïtien au Café Cambio

Après avoir coordonné à Miami l’arrivée du premier conteneur de café vert de 2017, Fedner a rejoint son frère Jean-Manor à Boston, puis tous les deux ont pris la route pour venir visiter nOula et Café Cambio à Chicoutimi.

Rencontre de deux “pros” de la torréfaction

Fedner et Guylaine

Des nouvelles fraiches d’Haïti
Fedner nous a donné des nouvelles fraîches de la prochaine récolte de café qui s’annonce très prometteuse en Haïti, puis il nous a parlé des opérations de séchage, décorticage et torréfaction que Kok Ki Chante a mis en place récemment à Port-au-Prince afin de faciliter aux petits producteurs l’accès au marché national haïtien, qui est depuis quelques années beaucoup plus profitable pour eux que le marché international.
Il nous a aussi fait un compte-rendu détaillé des avancées du programme ” 100’000 arbres par an pendant 3 ans”  que Singing Rooster, nOula et Cambio ont contribué à financer pour participer aux efforts faits par les paysans pour se relever de la destruction massive causée par l’ouragan Matthew d’octobre 2016. Fedner et Stéphanie Duval étaient en effet à Beaumont tout dernièrement pour documenter la progression des résultats de ce programme. Ils nous ont transmis à ce sujet un rapport détaillé qui sera publié prochainement.
Cambio et Kok Ki Chante torréfient ensemble du café haïtien

Alex et Marie-Claude, les torréfactrices de Café Cambio ont invité Fedner et Jean-Manor à se joindre à elles pour torréfier quelques batchs de café haïtien.

Cuisson du café

Analyse de la courbe de température pendant la cuisson

Observation organoleptique du grain après torréfaction

Jolis grains prêts pour l’emballage

Dégustation

Dégustation de quelques batchs de café avec l’équipe de la Brûlerie du Café Cambio (Marie-Claude, Alex et Guylaine)

nOula remercie chaleureusement:

Christophe et Molly Nicaise de Singing Rooster pour tout ce qu’ils font pour construire et solidifier cette chaine de solidarité

Alex, Marie-Claude et Guylaine pour avoir reçu chaleureusement nos partenaires et les avoir intégrés dans la vie du Café Cambio

Fedner et Jean-Manor pour avoir fait l’aller-retour Boston-Chicoutimi en voiture spécialement pour nous.

Ce n’est qu’un début…

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Prendre le temps du développement ? »

L’aide au développement en Haïti

Session de sensibilisation à la vie coopérative, Baptiste, Plateau Central, Haïti

 

Synthèse d’une conférence organisée le 6 juin 2017 par l’AFD.

Haïti est 163e au classement par indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement ; c’est le seul pays de la zone Amérique latine et Caraïbes à l’IDH inférieur à 0,5. Pour l’AFD, agence de développement active depuis quarante ans dans le pays, il est nécessaire de « tirer les enseignements inévitables d’un échec de l’aide à Haïti » pour améliorer l’accompagnement du Gouvernement dans la conduite des réformes (H. Conan).

Les projets de développement se construisent sur le temps long par essence « pour développer pas à pas des réformes, des stratégies, des compétences » (H. Conan). L’ancien coordinateur des Nations unies en Haïti, J. Boutroue, rappelle qu’il est normal que le changement prenne vingt ou trente ans de soutien et d’accompagnement constant. En Haïti, le problème est que la progression est régulièrement mise à mal par la succession de catastrophes naturelles et d’épisodes politiques difficiles : un cyclone frappe le pays environ tous les trois ans, mettant à mal des fondations structurelles à peine établies. Peut-on pour autant en conclure que « l’aide au développement a du mal à s’accommoder avec les urgences » ? (P. Robert) En tout cas, tous les acteurs s’accordent à dire qu’il faut repenser l’aide en Haïti pour envisager l’avenir.

 

« Est-ce qu’Haïti pourrait se passer de l’aide publique au développement ? » (P. Robert)

L’ancien premier ministre d’Haïti, J.-M. Bellerive, refuse de céder aux sirènes du dénigrement de l’aide internationale. Le pays a « souvent eu le nez hors de l’eau grâce à la coopération » alors que « ni le Gouvernement, ni la population elle-même, n’étaient en mesure de répondre aux besoins primaires d’une population » (J.-M. Bellerive). Pour A. Lescot, l’aide a « permis à énormément de personnes de vivre et de survivre  » mais elle reconnaît qu’il est compliqué d’envisager l’après des programmes d’aide mis en place suite aux catastrophes. Cette complication est liée en partie à la « confusion entre aide et reconstruction » selon l’ancien premier ministre.

L’ancien premier ministre J.-M. Bellerive soutient que « l’adéquation parfaite entre projet et plan de développement est extrêmement rare, même dans le cadre national » : il y a parfois des modifications en cours d’exécution suite à une nomination ou à un événement naturel qui change les priorités. « Les structures internationales doivent aider le Gouvernement à prioriser ses objectifs et à se tenir à ses objectifs, ce qui est spécialement compliqué dans un pays de fragilité extrême. » (J. Boutroue)

Après quarante ans d’aide internationale ininterrompue dans le pays, une « dépendance à l’aide (…) s’est développée [en Haïti et] est devenue une norme » (A. Lescot). La Banque mondiale a d’ailleurs reconnu que « l’aide internationale encourage souvent le statu quo » (J. Boutroue) et limite elle-même son propre effet de levier. La succession des missions onusiennes en est l’illustration. Pour Michèle Oriol, sociologue haïtienne et secrétaire exécutive du Conseil interministériel d’aménagement du territoire d’Haïti, la « présence onusienne constante est éminemment ambiguë » et il en découle ce qu’elle appelle une « irresponsabilité partagée » : l’État et les Nations unies se renvoient la balle sur le choix des priorités.

 

Comment agir efficacement pour le développement ?

Face à la faiblesse de l’État haïtien et à l’échec des programmes de développement jusqu’aujourd’hui, le soutien aux structures locales peut représenter une alternative viable pour les acteurs de l’aide : « si l’on cherche un accélérateur de développement, il faut cibler les régions, les arrondissements, etc. » (J. Boutroue). Pour Anne Lescot, il faut peut-être envisager d’« adopter plutôt une politique du petit pas, et pas uniquement élaborer des grands plans structurels (…) qui dépendent du Gouvernement. » (A. Lescot) À l’AFD, la sélection des projets soulève déjà ce type d’interrogation sur l’essaimage possible de projets locaux réussis : «  les projets appuyés permettent-ils de présenter au Gouvernement des démarches qui pourraient être amplifiées à plus large échelle pour essayer de trouver les voies du développement d’Haïti ? » (H. Conan).

L’influence de la société civile est un levier à activer : il passe par le renforcement de ces acteurs. « La reconsidération des acteurs locaux [par les organisations internationales] (…) est la condition sine qua non pour influencer le Gouvernement. » (A. Lescot) Pour J.-M. Bellerive, « une action concertée de la société civile » est indispensable mais celle-ci n’est pas assez organisée pour avoir une influence réelle. Mais il soutient que « c’est l’un des centres éventuels d’une sortie d’Haïti de ces problèmes récurrents de sous-développement. »

Cette conférence a eu lieu mardi 6 juin 2017 à l’AFD.

Les échanges ont été animés par Philomé ROBERT, journaliste haïtien, intervenant sur France 24, journaliste sur RFI.

Sont intervenus : Jean Max BELLERIVE, Premier Ministre d’Haïti de 2009-2011 ; Joël BOUTROUE, Coordinateur général des Nations unies en Haïti de 2006 à 2009 ; Hervé CONAN, Directeur du département Amérique Latine et Caraïbes de l’AFD ; Anne LESCOT, Anthropologue et documentariste, chargée de mission Haïti à la Fondation de France

Retrouvez la synthèse de la conférence dans son intégralité.

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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La récolte de café commence en Haïti

Photo: Donald Donazald, responsable production de UCOCAB

La récolte de café 2016 commence

Grâce à une saison des pluies qui a favorisé la floraison du café au cours des 3 derniers mois, la récolte de café  commence cette année un peu plus tôt dans la région de Baptiste.
Les observations faites dans les parcelles de production sont encourageantes pour les producteurs et pour nOula cette année car on prévoit récolter le double de ce qui a été récolté l’année passée.
Ceci vient récompenser les efforts déployés par les producteurs pour régénérer les plantations qui ont été sévèrement endommagées par le fléau de la rouille caféière au cours des dernières années.

Les acteurs du mouvement coopératif se mobilisent

Les producteurs de notre partenaire UCOCAB (Union des Coopératives de Café de Baptiste), s’affairent donc déjà fébrilement à remettre en opération les centres de dépulpage des 7 coopératives membres du réseau et à mener une campagne de sensibilisation visant l’ensemble de la communauté de cette belle région, dans le but d’expliquer l’importance stratégique du mouvement coopératif dans le contexte actuel.

Le double défi de la contrebande et du dérèglement climatique

Les producteurs relèvent en effet un double défi depuis quelques années: celui de régénérer leurs plantations dont 75% des caféiers ont été tués par la rouille (résultat du réchauffement climatique), et celui de « capturer » une partie des énormes quantités de café (30% de la production nationale) qui disparaissent du pays par contrebande vers la République Dominicaine.

Activités de sensibilisation

Nous avons donc participé cette semaine à des activités de sensibilisation organisées par UCOCAB dans les localités les plus proches de la frontière afin motiver les membres des coops à participer activement à la vie associative au sein de leurs coops et aussi à convaincre d’autres producteurs à joindre le mouvement coopératif et à y diriger leur production caféière.

Le réseau de partenaires

UCOCAB, Singing Rooster, Kok Ki Chante, nOulacoop, Root Capital et LWR appuient conjointement les producteurs dans cette démarche cruciale et déterminante pour le développement économique, social et environnemental de la région de Baptiste.

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Forum Social Mondial: coopératives et éco-agriculture

Mondialisation solidaire du mouvement coopératif

Au Forum Social Mondial (du 9 au 14 août 2016 à Montréal) nous avons eu le privilège de rencontrer des producteurs de café de coops d’Amérique Latine. Suite à ces rencontres inspirantes, nous avons l’objectif de mettre en place une collaboration directe entre une coopérative du Honduras et notre réseau de producteurs en Haïti, UCOCAB de la région de Baptiste. Dans le cadre de cette collaboration triangulaire entre coopératives du Québec, d’Amérique Latine et d’Haïti, pourraient commencer dès cet automne des activités de formation, d’échange et de transfert technologique « de paysans à paysans » sur les pratiques d’éco-agriculture caféière développées au cours des 20 dernières années au Honduras.

Résultats de 20 ans de pratiques d’éco-agriculture caféière

Ces producteurs étaient il y a 20 ans, précisément là où en est UCOCAB aujourd’hui: ils produisaient difficilement 4 conteneurs de café par année. Aujourd’hui ils en produisent annuellement 180, d’un café biologique et équitable de haute qualité. Résultat d’autant plus remarquable qu’il fut réalisé sans aide gouvernementale, uniquement  grâce à l’accès direct au marché équitable et au soutien fourni par Coop Coffees. Ce faisant ces producteurs ont bâti, en plus d’un éco-système équilibré capable de résister aux effets du réchauffement climatique, une communauté solide, autonome et efficace qui est maintenant engagée à aider d’autres coops de production à atteindre les mêmes résultats. Dans cette coop, le rendement moyen en café par hectare est 15 fois supérieur au 250 kg par hectare qui est la moyenne en Haïti.

Collaboration de paysans à paysans, et de coop à coop

Cet automne cette coopérative du Honduras va donc élargir son cercle d’influence pour y ajouter Haïti. Résultat de la pertinence de cette mondialisation du mouvement coopératif. Voila une bonne nouvelle que nous voulons partager avec les producteurs de café haïtien, mobilisés pour relancer la production.

Remerciements à Guylaine Pelletier de Café Cambio coopérative de travail et à l’équipe de Coop Coffees (Monika Firl, Florent Gout et Felipe Gurdian) pour avoir facilité ce rapprochement Québec-Haïti-Amérique Latine.

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Entrepreneur de l’année Haïti 2015

Haïti – Économie : Récipiendaires des Prix « Entrepreneur de l’Année»
28/01/2016 09:35:47 Haïti Libre
Pascal Registre, entrepreneur de l’année 2015

Pascal-Registre-2

Mardi 26 janvier, lors d’une cérémonie à laquelle ont assisté près de 600 invités du gouvernement et du secteur privé, a eu lieu la remise des Prix de la 6ème Édition de « Entrepreneurs de l’Année »
Le Prix de l’Entrepreneur de l’Année 2015 a été décerné à Pascal Registre.
Denis O’Brien, Fondateur et Président du Groupe Digicel, a décrit M. Registre comme étant « non seulement un entrepreneur inné, mais le genre d’hommes qui n’a jamais oublié les racines de sa réussite, sa propre communauté […] Quand vous regardez l’histoire de Pascal Registre vous savez que vous avez devant vous quelqu’un qui saisit chaque occasion, perçoit toutes les possibilités, et est prêt à affronter le monde afin de faire de ses rêves une réalité. C’est le genre de personne, qui peut aider à faire évoluer positivement le profil économique d’Haïti […]
Dans ce contexte, il est particulièrement réconfortant de constater que bien qu’il se soit établi aux États- Unis, Pascal a senti ce besoin de revenir en Haïti et a mis sur pied une entreprise là où les emplois étaient le plus nécessaire, dans son Artibonite natale. J’espère que beaucoup d’autres suivront son bel exemple ».
En 1986, Pascal Registre a ouvert la Brasserie de Liancourt (Bralia), une usine de fabrication de blocs de glace à Liancourt. En 1999, il lance la marque d’eau potable « Elite » suivie en 2002, d’Elite Soda, disponible dans 7 saveurs de fruits de la Caraïbes.

Il dispose aujourd’hui d’une usine d’embouteillage dernier cri, et emploie 60 personnes directement et jusqu’à 1,000 indirectement en haute saison. Il consacre maintenant 80% de son temps en Haïti à gérer l’expansion de son entreprise.
« Pascal Registre est exactement le genre d’entrepreneur auquel nous pensions quand nous avons choisi le thème du concours de cette année : Soyez les leaders du changement », a déclaré le Président de Digicel Haïti, Maarten Boute.
Les Prix de 2015 ont été décernés dans cinq catégories. En plus d’avoir remporté le titre d’Entrepreneur de l’Année 2015, Pascal Registre a également remporté le Prix dans la catégorie industrie.
Dans la catégorie Agriculture & Environnement, le Prix a été remporté par Pierre François Benoît, qui, après avoir mené une carrière comme militaire et diplomate a mit sur pied « Les Jardins Hydroponiques d’Haïti », jouant le rôle de pionnier en ce qui a trait à la culture des plantes hors sol.
Dans la catégorie Construction, le Prix a été décroché par Jean Odelin Ordelus de « OD Peint Groupe Construction », qui a lancé son entreprise à 19 ans seulement, avec un seul pinceau pour tout actif et qui a travaillé sans relâche au point de devenir un chef de file dans ce domaine en Haïti.
Dans la catégorie Services, le Prix est allé à Jean Conille de « Gazel / Autogas ». Ce dernier ayant été tellement interpellé par l’ampleur de la déforestation quand il est revenu du Canada qu’il a entrepris de remplacer l’utilisation du charbon de bois par celle du propane subventionné.
Et le Prix pour la catégorie Émergente, a été attribué à Myrna Verdier de « La Ferme des Antilles », qui a construit l’un des poulaillers les plus ultra-modernes d’Haïti et qui est maintenant en train de mettre sur pied une « ferme-école » caribéenne, afin d’enseigner aux enfants les rudiments de l’agriculture et du développement durable.

HL/ HaïtiLibre
http://www.haitilibre.com/article-16446-haiti-economie-recipiendaires-des-prix-digicel-entrepreneur-de-l-annee.html