Le Québec a aujourd’hui plus de 35 000 cas de COVID-19 diagnostiqués; c’est plus de la moitié des cas au Canada.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Québec a aujourd’hui plus de 35 000 cas de COVID-19 diagnostiqués; c’est plus de la moitié des cas au Canada.

Maude Laberge

L’auteure est spécialisée en économie de la santé et professeure à l’Université Laval

9 mai 2020 Libre opinion

Le Québec a aujourd’hui plus de 35 000 cas de COVID-19 diagnostiqués ; c’est plus de la moitié des cas au Canada. En date du 7 mai, nous comptions 2631 décès. Derrière chacun de ces décès, il y a des proches qui ont souffert et qui souffrent encore, d’une peine qui n’est qu’augmentée par le fait de n’avoir pu être présent et dire au revoir. Si chacun de ces décès est un décès de trop, nous avons le devoir moral de faire ce que nous pouvons pour limiter autant que possible l’augmentation de ce nombre. Ce nombre est un drame pour le Québec, mais soulève aussi des questions. Pourquoi le Québec et pas l’Ontario ou la Colombie-Britannique ? Qu’avons-nous fait différemment ?

Depuis des semaines, nous avons essayé de justifier pourquoi le Québec avait plus de cas. Nous avons dit que c’était à cause de la semaine de relâche qui était arrivée plus tôt au Québec. Soit, cela fait près de deux mois maintenant que ces vacanciers sont revenus et que le Québec est « sur pause ». Nous avons reproché au gouvernement fédéral d’avoir laissé les frontières ouvertes trop longtemps. Mais comment le Québec en aurait-il été plus affecté que les autres provinces ? Il y a plus de vols qui arrivaient à Toronto qu’à Montréal, mais c’est Montréal qui est l’épicentre de cette pandémie au pays.

Il y a certes des particularités au système de santé québécois qui ont probablement contribué à la propagation. Pensons notamment au personnel des agences qui travaille dans plusieurs établissements. Le Québec a aussi une proportion de personnes âgées vivant en résidence beaucoup plus élevée que partout ailleurs au pays.

Par contre, il y a aussi des éléments qui auraient pu permettre de croire que la propagation serait plus freinée au Québec qu’ailleurs au pays.

Le Québec a été le premier à déclarer l’état d’urgence sanitaire et le confinement y a été radical. Contrairement à l’Ontario, le Québec a fermé les chantiers de construction et interdit les visites immobilières, créant du coup des problèmes pour ceux cherchant à se reloger. Des données de Google ont montré que les Québécois étaient ceux qui avaient le plus limité leurs déplacements en Amérique du Nord. Le premier ministre François Legault (https://www.ledevoir.com/francois-legault) a d’ailleurs félicité le peuple québécois de sa docilité. Une étude a aussi montré que le Québec avait à la mi-mars un R0 de 5,37, soit un des plus élevés au monde avec l’État de New York. Ce R0, soit le nombre moyen de personnes contaminées par une personne infectée, serait aussi descendu jusqu’à près de 1, soit l’une des diminutions les plus importantes, comparativement aux autres pays étudiés. Oui, les Québécois écoutent les conférences de presse de 13 h et la grande majorité d’entre eux obéissent. Mais voilà, il y a un message qui reste assez constant depuis le début et qui vient contrecarrer nos efforts : celui que le masque serait inutile.

La réalité est que, les stocks étant limités, il faut utiliser les ressources de la façon la plus efficace possible. Cela semble effectivement plus efficace de les réserver pour les professionnels de la santé, qui sont plus exposés au virus. M. Arruda nous dit depuis le début que le port d’un masque ne sert à rien. Résultat : peu de gens en portent.

Pendant ce temps, certains États, comme la Corée du Sud, ont rendu obligatoire le port du masque dans plusieurs environnements, tels que les transports en commun et les commerces. Il fait partie de la stratégie de déconfinement de la France. Il est mal vu de faire son épicerie sans masque en Floride. Les tutoriels de confection de masques artisanaux pullulent sur les réseaux sociaux. Le port du masque pourrait représenter le moyen le plus efficace de freiner la pandémie au Québec. La propagation communautaire est bien établie.

Au cours des dernières semaines, nous avons beaucoup appris sur ce virus. D’une part, nous savons que beaucoup de personnes ne présentent pas de symptôme. Il est donc impossible de savoir qui est atteint et qui ne l’est pas, à l’exception des personnes ayant reçu un diagnostic. D’autre part, les personnes asymptomatiques peuvent transmettre le virus. De plus, nous savons qu’une personne est particulièrement contagieuse juste avant l’apparition des symptômes.

Nous devons en tirer une conclusion. Nous devrions tous agir comme si nous avions le virus et comme si ceux autour de nous l’avaient. Et cela comprend le port du masque. Le masque n’élimine pas complètement le risque de transmission. Mais il le diminue grandement. Nous sommes tous capables d’apprendre à confectionner un masque artisanal, à le porter et à le retirer de façon sécuritaire. Le coût est minime. Le bénéfice est grand. Ce geste ne remplace pas la distanciation physique, mais le complète. Si nous le portons tous, nous contribuerons ensemble à diminuer la propagation de la COVID 19 et à sauver des vies.

| Le Devoir https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/578608/pourquoi-t…

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